Samedi 11 janvier 2020 - 13h05

Full moon
Un vendredi à l’abrit dans Ruppert Bay en Dominique. La journée est consacrée à la surveillance du mouillage par 30+ nœuds. C’est rigolo au début mais très vite on se lasse. On se lasse de tout faut dire. Mais bon. c’est pas une raison pour ne pas aller à terre voir si j’y suis. En général non mais on ne sait jamais.
Hier soir on était invité chez Yellow pour l’anniversaire de sa douce Christine. Lui c’est le fils naturel de Bob Marley et Peter Tosh (oui il ont eu un fils, comme quoi tout est possible). Le rasta qui normalement ne mange que des plantes, fume 30 joints par jour et tient un discours habité certe mais pas très bien rangé. Bon Yellow, c’est tout ça plus du rhum. Sa douce c’est la même chose transposé chez une femme de 50 ans qui vient de Vannes et qui un jour s’est dit qu’elle pourrait utiliser son argent pour joindre l’utile à l’agréable en finançant la reconstruction de la maison de Yellow et en habitant dedans. Etaient conviés aussi Dominique et Claudia, expert en recyclage depuis 30 ans et en procréation pour Claudia avec ses 9 enfants. Ensuite, y’avait Coralie qui vient de quitter la Guadeloupe pour la Dominique pour se recentrer, en clair elle s’est faite larguer et ne semble pas très optimiste sur la suite de sa vie sentimentale. Et puis Florence. Là on commence à entrer dans le bizarre. Probablement entre 50 et 60 ans mais si on en juge par sa dentition ou ce qu’il en reste, je dirais 247 ans. Christophe, je l’avais déjà rencontré il y a 4 ans, associé à Sandrine dans un bar de la plage, le Sandy beach. Depuis, Sandrine s’est barrée et a monté un nouveau restaurant à 100m. Christophe lui avait pour projet de continuer seul à tenir ce bar qu’il a judicieusement renommé Christophe’s bar. Mais les choses n’ont pas tout à fait évolué comme espéré. En pratique, le bar est à l’abandon et Christophe expérimente une méthode très personnelle pour l’inventaire, un genre d’inventaire permanent, très moderne, qui consiste à picoler consciencieusement tout ce qui reste. Cette méthode présente l’avantage d’être une fonction convergente qui lui assure un résultat sans erreur quand il aura épuisé ce qui reste. Enfin, le plus important, Pocky, Arthur et Nelson. Dominicains de père et de mère. Pocky, le plus agé, m’a raconté sa vie de pêcheur entre la Dominique et Cuba avant de s’endormir gentillement après le 6ème planteur. Arthur lui a une mission. On l’a rencontré sur le chemin de la maison de Yellow en plein bush. Lui son truc c’est de guider les gens. Les mener à bon port. En même temps, je le soupçonne d’embellir un peu l’histoire vu qu’il était de la fête aussi. En fait il est tombé sur nous et s’est senti investi de la mission d’accompagner 2 filles blanches de moins de 30 ans sur le chemin de la vie. Moi, je ne suis pas sur de l’avoir ému plus que ça.
Quant à Nelson, sa qualité essentielle c’est son rire. Sa manière de se tordre de rire, un rire sonore et communicatif, quand Arthur essaie de lui expliquer que si ça continue, il va bientôt faire nuit. Moi, je ne résiste pas. Du coup, dans la soirée, je me retrouve dans le jardin avec lui et ses 14 joints et il m’explique que la lune, la pleine lune, qui vient de disparaître derrière un nuage, existe poutant bel et bien. Et généralisant, la leçon qu’il entend m’apprendre c’est que les choses continuent à exister même quand on ne les voit plus. Si j’avais été un peu plus lucide, moins égaré, en clair moins bourré, j’en aurais versé une petite larme de bonheur.
En fin de soirée, tout ce petit monde s’apprête à monter dans un taxi pour redescendre à Portsmouth. Nous, nous décidons de rentrer comme nous étions venus, à pied. Le taxi enfin parti avec son chargement plus ou moins avarié, Yellow nous retient pour une dégustation de champagne. Comme il le dit lui-même, une bouteille pour 10, ça n’aurait servi à rien. 1/4h plus tard, lorque Christine ouvre une bouteille d’un joli bleu camping-gaz, je commence à regretter le départ des autres convives. L’étiquette annonce « Vin Fou », ouais… A la 1ère gorgée, je sais que je vais sérieusement entamer le capital sympathie que mon estomac, mon foie et tout le reste avaient pour moi. C’est la goutte d’eau, ou de purin plutôt, qui fait déborder la fosse. Comment peut-on fabriquer une merde pareille ! C’est pas humain ! Le plus sage, raisonnable, évident, serait d’annoncer que la coupe est pleine pour moi et de jeter cette merde dans les plantations de Yellow mais ce serait gâcher. Du coup, le petit commité que nous sommes nous donne droit à un 2ème verre de poison servi avec fierté par Christine. Que dit-on déjà de la fierté, qu’elle est mal placée? Je dirais plutôt criminelle dans ce cas, mais sans préméditation, c’est déjà ça. Je ne serais pas plus étonné que ça que les laboratoires Bayer soient à l’origine de la mixture, on reconnaît le savoir faire.
Cette nuit de pleine lune s’achève donc par une petite randonnée de 3km pour rejoindre l’annexe puis le bateau, un temps propice à la réflexion sur la beauté de la nature et ses dérives parfois, si tant est qu’elle soit à l’origine de ce vin fou, ce qui est loin d’être évident.


Kish et Dominique


Sweet dreams are made of this

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