Dimanche 23 juin 2019 - 00h00

Malpertuis
Curieux moments.
Après un court séjour complètement imprévu en pays bigouden, un tas de choses s'entre-choquent dans ma tête. Mon ami Sébastien passe me prendre à l'improviste pour que je l'accompagne voir sa famille dans le Finistère. Le bonheur de voir sa mère, nos longues discussions (ce gars est vraiment brillant), et moi qui suis dans un désert de liberté. J'ai vraiment de la chance de pouvoir vivre tout ça.
Si ce n'est pas facile, c'est uniquement parce que rien ne m'a préparé à expérimenter une telle liberté. Je connais même des moments où je doute de ce qui me vient à l'esprit. Est-ce que ma vie, mes souvenirs, sont réels? Je sais bien que je suis là, sur mon bateau, que demain je pars naviguer vers l'ouest, que tout ça est bien réel. Mais quand même, Moitessier rencontré à 12 ans, mes parents et leur famille, l'enfant de 6 ans que j'étais au 11ème étage d'une tour de Bagnolet, la cabine téléphonique du boulevard du Monparnasse, mes enfants, mes petits enfants, mes 25000 milles en bateau, c'est bien vrai tout ça?
Et puis me reviens une discussion avec Françoise ce week-end durant laquelle j'évoque un film qui m'avais fasciné étant jeune. Malpertuis. Du coup, ce soir, à la faveur d'un peu de réseau dans le port de la Roche-Bernard, je cherche et je trouve ce film tant magnifié dans ma mémoire. Et comme par miracle, tout est vrai. Je ne me suis pas créé une légende personnelle. Ce film existe et mon souvenir est assez fidèle. Tout serait donc bien vrai...
Un jour, j'avais demandé à mon père de mettre par écrit ses souvenirs. Il ne l'a pas fait. Et bien je crois que je vais le faire. Juste pour me confronter à ma mémoire. Parler de Frantz qui m'a appris à naviguer, mais pas que... Pour bien garder en tête que je suis fais pour vivre, que tout ça jusqu'ici, c'était quand même extraordinaire. Ranimer mes souvenirs pour constater qu'ils sont une succession de moments présents. Le reste est tombé dans l'oubli et c'est pas dommage.

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Jeudi 23 mail 2019 - 00h00

Petite soirée entre amis
Bientôt 3 semaines que le bateau est au sec, et moi à Bordeaux.
Mais c'est bien. C'est même la 1ère fois que le bateau peut se reposer aussi longtemps. Mais là n'est pas le propos.
Ce soir, c'était une petite soirée entre amis. Bien gentille, bien comme j'aime. En plus on a eu la chance de voir Paco. Toujours aussi noir et intelligent. Comme quoi faut se méfier des idées toutes faites...
Enfin au bout de 36 bières, d'un passage chez Aka, et d'une fin de soirée mémorable au quartier libre (ce qui n'est pas forcément évident), il est temps de rentrer dans ma banlieue sur mon vélo pliant.
Mais quelle n'est pas ma surprise lorsque je ne retrouve devant mon portugais préféré les restes de mon anti-vol complètement délabrés, tout honteux de n'avoir pas su retenir mon fier destrier. On ma tiré mon vélo...
Eh bien, je dois bien reconnaitre que passé la déconvenue légitime mais finalement assez passagère, je prends le choses avec une certaine décontraction.
Ce qui m'attend du coup, c'est 1h30 de marche, avant de rejoindre un foyer accueillant. Mais il est 2h du mat. Et les choses ne sont plus tout à fait les mêmes à cette heure là. Je découvre que la transition énergétique vue par l'administration locale se matérialise sur le fait de ne plus éclairer les rues sans vies au delà de 23h. Et c'est un réel plaisir de retrouver un ciel vivant en pleine banlieue de Bordeaux. De même les odeurs de jardins de banlieue, sont incroyables et ennivrantes. Probablement du fait des efforts déployés par Brico-Jardin pour diffuser les aromatiques qui se marient si bien avec la vie peri-urbaine mais peu importe. Qui suis-je pour juger.......

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Samedi 27 avril 2019 - 19h59

Aux âmes sensibles.
Qu’y-a-t-il de si fascinant à naviguer en mer ? Partir sur un voilier de 12.5m avec le projet de rejoindre une destination, ça peut sembler présomptueux si on y regarde bien. Normalement, sur la mer à bord de n’importe quoi, un tonneau, un radeau, un container perdu ou une bouée-canard, c’est s’en remettre aux éléments, la mer, le vent et basta. « Tu iras là ou on te dit d’aller ! ». Mais voilà, des siècles de tentatives, de naufrages, d’apprentissage, nous ont donné l’outil qui peut changer ça. Un peu.
Mon voilier, Lullaby, n’est pas parfait. Et plus tout jeune. Moi non plus d’ailleurs. Mais en ce qui me concerne, c’est plutôt un avantage pour ce genre de voyage. Lullaby, c’est comme une femme que l’on connaît depuis longtemps. Qu’on aime, souvent. qu’on insulte parfois. Qui a ses qualités. Certaines. Ses défauts aussi, et pas uniquement du fait de son âge… Mais bon ! c’est un voilier digne de ce nom.
Rejoindre Bordeaux depuis Nazaré quand tout semble s’y opposer, c’est la magie du voilier. A 65 milles au large de Porto, avec un vent du nord de 25 nœuds et une houle de 3.5m, du nord elle aussi, c’est là qu’on prend conscience du prodige. Pas de route directe possible bien-sur mais qu’importe. On tire des bords ou comme c’est le cas pour moi, on va chercher une bascule de vent au nord-est plus loin au large (en espérant que ces branleurs de la météo ne se soient pas foutu dedans avec leurs prévisions). Mais pour arriver à ça, il faut accepter quelques règles non négociables.
D’abord, oublier le confort. Depuis 24h je vis penché et secoué. C’est pour ça qu’on grossi pas sur un bateau. Le moindre déplacement est plus compliqué qu’un tour de trotinette en sortant de chez Steph un samedi soir de cocktails. On dit toujours, une main pour soi, une main pour le bateau. Autant dire que pour faire sauter les crêpes, c’est wahlou ! Je ne parle même pas de mettre des lentilles de contact. Y’a moyen de finir avec les yeux rouges… Se servir un café relève de l’exploit. Mais avec le temps, on finit par savoir faire. Par contre, celui qui s’obstine à pisser debout dans les toilettes a la fierté mal placée et peu de respect pour la propreté relative du lieu…
Ensuite, et c’est surement le plus marquant, il y a la peur. Aux âmes sensibles, je conseillerais de porter leur regard sur la mer dans le sillage du bateau. Parce que devant, c’est magnifique mais un peu terrifiant aussi. Et puis, ça peut devenir une obsession de chercher des signes d’acalmie devant. Au risque d’y trouver l’inverse. En fait, la peur disparaît quand on a intégré les choses. Quand on a trouvé le point de vue global, la mer, le bateau, le vent, soi. Les dangers imminants, les menaces terrifiantes, ne sont que des projection de notre imagination. Il y a des conditions qu’il faut mettre en équilibre, c’est le rôle du skipper, et puis c’est tout. D’ailleurs, un phénomène très caractéristique se produit dès que la nuit tombe. Les vagues grossissent, le vent forcit. En fait, notre imagination part en roue-libre. La peur gagne du terrain. Par bonheur, et c’est vraiment un bonheur, tout ça passe avec le temps, l’expérience. Et il ne reste que cet équilibre, dans le mouvement, plus ou moins agité, mais qui nous mène vers notre destination.
Un petit tour dehors pour vérifier la justesse de mes propos. Mon anémomètre me dit 27 noeuds pour le vent et mon imagination évalue les plus gros creux à 6m.
Et donc, au prix de ces règles non négociables, on a le droit de voir le monde sous un jour nouveau avec le sentiment de n’être pas une simple poussière prise dans un mouvement brownien. On a la chance d’aller ailleurs que là où le vent nous emporte.

large

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Mardi 23 avril 2019 - 12h57

A l'abri!
Ça fait bientôt 3 semaines que j'ai quitté les Canaries. Et 2 semaines que je suis parti d'Agadir. 2 semaines bien remplies!
Je suis parti juste avant un gros coup de vent près d'Agadir. Enfin c'est ce que je croyais... En fait j'ai ramassé du vent et de la mer pendant 72 heures qui ont laissé des traces. Sur Lullaby d'abord, avec la nouvelle bibliothèque qui explose, puis l'éolienne ne tarde pas à en faire autant. Ensuite c'est à un rythme soutenu que les merdes se sont enchainées. Début d'incendie électrique la nuit dans le compartiment moteur, puis le bateau qui fait ce qu'il veut au petit matin. Je constate rapidement que la barre à roue est aussi détendue que Doc Gyneco à un colloque de l'association pour la cause freudienne. Et petite cerise par dessus, le pilote est aussi mort que la charpente de Notre Dame. ça commence à faire beaucoup. Le reste est à peu près en état même si le gréement a bien souffert. Le vit-de-mulet est à l'agonie et 3 charriots de GV ont explosé. Mais il y a quand-même une bonne nouvelle. Le beau temps revient et le vent qui s'est considérablement calmé a tourné nord-est et me permet d'avancer vers Porto-Santo. Mais il faut d’abord trouver un moyen de faire avancer le bateau sur un cap à peu près constant. Donc 1ère chose, après avoir constaté avec bonheur que le safran est toujours là, installer la barre franche, la bloquer avec des bouts et régler les voiles pour essayer d’aller tout droit sans avoir à barrer. Et ça marche. Je savais déjà que sur une allure de près pas trop serré, on pouvait trouver un équilibre assez stable. Ça va me donner la possibilité de travailler sur tout le reste et accessoirement de dormir le moment venu. Les jours qui suivent sont mis à profit pour tenter d'améliorer la situation. D'autant que le vent ne tarde pas à s'évanouir complètement, ce qui n'arrange pas mes affaires pour le rendez-vous de Lisbonne. Mais la-dessus, j'ai appris à lacher prise. Je commence à vivre en marin et un marin, il arrive quand il arrive.
1er chantier, l’éolienne. Je démonte tout, y compris le mat pour refaire quelque-chose de fonctionnel si c’est possible. La veille au soir, en allant bloquer l’éolienne qui menaçait de tomber et qui tournait à plein régime, j’ai eu la désagréable surprise de me faire secouer par une décharge électrique sur le balcon arrière. Ça réveille mais c’est pas bon signe. Quelques heures plus tard, je suis épuisé mais l’éolienne est à nouveau à poste, plus solide que jamais, prête à me donner ses 400 watts, s’il y avait du vent…
Le lendemain, j’attaque le gros du travail. En une journée de travail comme je n’en ai pas connue beaucoup, je démonte complètement le système de barre, constate la rupture du cable au niveau de la liaison avec la chaine dans la colonne, répare correctement la chose et remonte le tout. Pendant ce temps là, Lullaby file tranquillement à petite vitesse vers le nord-ouest. Le lendemain, c’est repos sous le soleil et à petite vitesse.
Le jour suivant, c’est pétole absolue. Pas un souffle ! À ce rythme là on se verra au 15 août… Plus question d’équilibre des voiles pour aller tout droit sans pilote. Le bateau fait des volutes dans l’eau et il n’y a rien à faire. Les épisodes au moteur pour la recharge des batteries permettent d’avancer un peu sur la route mais on est pas arrivés. J’en profite pour ouvrir la malette qui contient peut-être un pilote de secours. En fait, la rupture du cable de barre a entrainé la dégradation d’un cable électrique du pilote et un cout-circuit qui l’a sans doute détruit. Pour faire rapide, après soudure de réparation du cable dénudé, test du second pilote, test de tous les éléments jusqu’au verin, j’ai un réel espoir de pouvoir remettre tout ça en marche. Et à la fin de la journée, victoire ! j’ai à nouveau un pilote automatique fonctionnel. Reste plus qu’à rejoindre Lisbonne avec 36h de retard mais un bateau à peu de choses près opérationnel.
Conclusion de cet épisode, je commence à bien connaître Lullaby et sa faculté à naviguer avec 36 nœuds sous 3 ris et un bout de génois. Dire que c’est confortable serait exagéré et les avaries que j’ai connues me rappellent qu’il faut rester vigilant avec la mer. C’est comme ça que je me retrouve à l’abrit à Nazaré en attendant que ce nouveau coup de vent passe avant de remonter vers Bordeaux.

barre

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Lundi 8 avril 2019 - 11h20

Le Maroc.
La nuit et la matinée pour arriver au Maroc ont été très plaisantes. Au lever du soleil, je distingue les côtes marocaines. ça fait plaisir. Appeler à la VHF la marina d'Agadir un dimanche ne sert à rien. Mais en entrant, un gars me fait de grands signes pour me guider et il vient m'aider à amarrer le bateau. Tout se passe bien!
Avant que j'ai eu le temps de mettre un pied à terre, 2 hommes en uniforme montent à bord. Un jeune qui n'a pas oublié de regarder BEin sport pour choisir sa coupe de cheveux avec un uniforme gris, c'est l'agent des douanes. L'autre, un peu plus agé est tout de noir vétu, c'est le policier. Ils s'installent dans le carré pour remplir les papiers nécessaires et me poser les questions d'usage, d'où je viens, où vais-je, qui suis-je, mais aucune question à propos de l'existence de dieu... Le jeune "Griezman" fouille un peu le bateau et là, c'est le jackpot! Dans le placard de la cabine tribord trainent des produits de nettoyage et parmi eux un sachet rempli d'une poudre blanche qui était déjà là quand j'ai acheté le bateau. Il n'avait jamais jusqu'alors éveillé ma curiosité. Je ne sais même pas ce qu'il y a dedans. Mais on est au Maroc et je transite entre l'UE et ce beau pays. Du coup c'est parti! Au rythme d'Agadir cela-dit, et dans la bonne humeur. Nous faisons 3 ou 4 aller-retour jusqu'au bureau de police pour diverses raisons que je n'identifie pas toutes. On discute chiffon quand j'évoque la possibilité que ce soit de l'acide oxalique ou sel d'oseille qui fait des merveilles quand on veut nettoyer les taches de rouille sur un bateau. Tout ça nous prend 2 heures. Et puis on attend. Je ne sais pas quoi mais on attend. 1/2h plus tard arrive un nouvel intervenant, en noir lui aussi, mais accompagné de son fidèle molosse plus exité que manuel valls dans un champ d'annanas. Et tout ce beau monde retourne au bateau. Rex (je vais l'appeler comme ça mais je ne sais pas en fait) commence à s'exiter dans tous les recoins du bateau, espérant sans aucun doute se faire une petite ligne du dimanche soir. Hélas pour lui, nada! La lumière viendra finalement d'Ahmed, qui m'avait accueilli 3 heures plus tôt, signalant que le bicarbonate de soude est très efficace pour nettoyer l'inox. Peut-être eut-il pu nous faire part de son savoir un peu plus tôt...
Tout est bien qui finit bien. Il est 17h30, je récupère mon passeport avec le visa d'entrée. Bienvenu au Maroc.

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