Lundi 25 mars 2019 - 19h27

Le vent a tourné.
Ici c'est simple, alizées du nord-est les 3/4 du temps entre 15 et 25 noeuds ou bien vent de secteur sud, faible et la pluie qui arrive. Et même la neige ce matin sur le Teide.
Sortir le bateau ici, c'est un vrai projet. Soit le vent est trop fort, soit la grue est en panne, soit... Soit rien mais c'est pas possible quand même. Ou alors demain. Comme tous les jours. Donc demain, je sortirai peut-être le bateau. Pour la réparation du safran, c'est plié. Mais je peux encore faire le reste, nettoyage de la coque, changement des anodes et nième réfection du passe-coque du loch. Le passe-coque du loch et la plaque de mât du vit-de-mulet, ce sont mes compagnons de vie sur Lullaby. J'ai l'impression que je pourrais passer ma vie à bord de Lullaby à devoir arranger ces 2 merdiers sans que ça ne soit jamais définitif. ça doit avoir un sens mais je ne vois pas encore lequel.
A part ça, je suis plutôt content. Plutôt détendu même. Je ne sais pas encore ce que je vais faire la semaine prochaine mais ce n'est pas important. Peut-être Agadir en passant par Graciosa. On verra ce que disent les prévisions météo.

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Vendredi 22 mars 2019 - 23h51

Putain, il doivent manquer d'air au Brésil, c'est pas possible autrement!
En même temps ça peut se comprendre. En tous cas, ça fait 8 jours qu'ici, aux Canaries, ça souffle à ne pas sortir en jupe sans culotte. Enfin faut voir... 8 jours que l'on reçoit entre 20 et 35 noeuds dans le nez, venant du nord-est direction la baie de tous les anges. C'est comme en provence, ça tape un peu sur le système nerveux.
Mon voisin commence à être dans la confidence, c'est pas le genre ici. Entre sa petite Gaia, enfant de 3 ans qui grandit sur un bateau, et son incapacité que j'imagine congénitale mais je peux me tromper à décider quoi que ce soit, il tente entre 2 rafales de réparer un hublot qu'il a déjà réparé 10 fois sans succès. Sa douce, Julie, le regarde faire sans compassion ni impatience. Ils ont trouvé un mode de vie qui peut avoir sa logique. Un jour, ça partira sans doute en couille mais pas plus qu'ailleurs finalement.
Enfin bref, ce vent qu'on attend toujours quand il fait défaut, me scie un peu les ronds je dois l'admettre. Du coup, impossible de sortir le bateau au risque de finir en vrac moi et la grue. Et puis ici c'est pas Waterworld. C'est pas Kevin Costner qui règle la manoeuvre. C'est Rafael! Il pourrait être sympa finalement, s'il n'en avait pas royalement rien à foutre. Il se trouve que Rafael, chef du port, est aussi mon voisin de ponton. Enfin il vient tous les jours sur le bateau d'à coté. Pas certain que ce 38 pieds voit un jour le bout de la digue mais peu importe. Et donc Rafael me décroche 5 mots en fin de journée pour me dire que par ce temps, le travel lift ne fonctionne pas et que demain c'est samedi. Donc, j'ai peut-être une chance de sortir le bateau lundi. Ou mardi. En tous cas avant le 15 août...
Bien. On verra lundi. Je vais essayer de faire le tour de l'île en vélo ce week-end. Ou sur les mains, pourquoi pas? En fait je réalise que mon truc n'est pas de m'enterrer dans une marina à boire des bières jusqu'à ce que mort s'en suive. D'abord parce que je connais plus éfficace que la Dorada à 4,5°, et ensuite et surtout parce que j'ai autre chose à faire.
2 days...

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Jeudi 21 mars 2019 - 21h14

Tenerife, Tenerife. Mon désert des Tartares.
Si tant de gens se pressent ici, ce n'est certainement pas pour y rencontrer Dieu ou la Vérité mais plus probablement avec le vague espoir que le surplus de soleil et sa promesse d'une production accrue de vitamine D leur apportera un peu de répit face à la déprime chronique de leur femme grossissante, eux-même ayant déjà depuis longtemps rendu les armes devant leur propre déchéance. Et puis la pinte à 2,50 euros est tout de même un argument à ne pas négliger.
Autant dire qu'on a pas affaire aux interlocuteurs appropriés pour parler du sens de la vie. Et malheureusement, celà déteint sur le comportement des canariens qui pour la plupart vivent du tourisme. Sans avoir une parfaite maîtrise de la langue, il me semble impossible de sortir du schéma serveur-client. D'autant plus d'ailleurs, et ce n'est pas à leur honneur, si l'on est pas Russe ou Allemand mais surtout archi-blindé. Je dis ça mais je comprends parfaitement en même temps. La marche du monde vu à travers le regard d'une ou d'un canarien qui doit sa subsistence à un boulot de larbin dans un de ces endroits, et ils sont nombreux, qui défigurent son archipel et dans lesquels il ne mettra jamais les pieds autrement qu'avec un uniforme lui assurant l'accès aux toilettes qu'il doit nettoyer tous les jours, ça n'incite pas à la convivialité...
Je sais que ce que je dis là a quelques chose d'indécent vu ma situation. Mais pas tant que ça si on regarde bien. Je parle d'un monde économique dans lequel je ne joue certainement pas un rôle prévu dans le générique. Un monde qui n'a que faire de moi comme moi je m'en préocupe comme du stérilet de Brune Poirson (Je ne sais pas pourquoi ce personnage revient souvent dans mes pensées. Le nom peut-être, sans doute même). Les regards, d'où qu'ils viennent, ne me sont ni hostiles, ni bienveillants, ils sont juste le reflet du manque d'intérêt que je représente. ça je veux bien l'entendre. Si je me laissais aller, j'en aurais autant à leur service. Mais en fait non. Mon bien le plus précieux, c'est l'empathie. Si je perds ça, je me perds comme j'ai pu me perdre dans mes rêves impériaux.
Si on veut bien regarder vraiment, on trouve toujours une étincelle d'humanité, même ici. La vielle qui sert les pintes de Dorada à la buvette du port a conservé son âme. Merci à elle. Nina.

tenerife
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Lundi 18 mars 2019 - 10h48

Jean de la Lune
Cayetano est un bon gars. En plus il connait bien son affaire. C'est un compétiteur sur des bateaux de régate du genre qui marchent bien. Il est venu ce matin pour discuter de la mise à sec de Lullaby et de la réparation du safran. Ce sera donc vendredi pour la sortie du bateau. Démontage du safran puis occultation temporaire du passage de la mèche puis remise à l'eau pour une semaine. ça me permettra de rester sur Lullaby durant cette période en évitant de finir posé au fond comme le 2 mats Jean de la Lune qui cette nuit a doucement coulé amarré au ponton d'en face. Une voie d'eau a du se déclarer et ils n'ont rien pu faire. Ce matin il est posé au fond avec probablement 2m d'eau à l'intérieur. C'est triste à voir.

jeandelalune

J'ai commencé à étudier le programme pour la suite.
Si le bateau est en état, et il devrait l'être si tout se passe bien, je pourrais aller faire un tour vers Ibiza et ses mouillages intéressants avant de poser Lullaby à Barcelone. Le Reial Club Maritm de Barcelona semble tout à fait approprié. Le prix semble correcte et la situation proche de l'aéroport avec des directs pour Bordeaux me plait bien. Et puis si y'a moyen de distribuer un taquet ou 2 au détour d'une rue de Barcelone parmi les whites et les blancos...

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Dimanche 17 mars 2019 - 23h20

Pour ceux qui se posent la question, et ils sont nombreux (ou pas d’ailleurs, quelle importance), quel est l’intérêt de vivre sur un bateau, de naviguer ?
Et pour moi qui me la pose à peu près quotidiennement...
Je ne sais pas encore répondre à cette question.

Mais si je commence par le début, c’est assez simple. A l’instant même où j’écris ces lignes, je suis bien. Je n’ai pas envie d’être ailleurs.
La nuit dernière, je n’ai pas bien dormi. J’étais hanté par des idées désordonnées, des réminiscences de ma vie d’avant. L’insomnie qui s’accroche sur les aspérités qu’on a laissé traîner.

Et puis aujourd’hui, jour de la Saint Patrick, tout s’est passé sans problème. J’ai coché 2 cases dans mon plan de travail sur Lullaby, j’ai lu, et puis je suis allé prendre une bière au pub du coin. Dégueulasse évidemment. Et puis je me suis rendu compte que j’avais juste envie de rentrer au bateau. En fait, ce qui est assez intéressant c’est que je suis de plus en plus content d’être dans cette situation. La solitude n’est qu’une illusion dans le monde dans lequel nous vivons et dans ma situation en particulier. Mes voisins de pontons, français, sont assez cool. Raphael, Julie et la petite Gaia. Ersatz d’ami, d’amante et de petit fils (Gaia a 3 ans). Je crains pour eux que leur séjour ne s’éternise jusqu’au point de rupture, ça fait 2 ans qu’ils sont là. Mais pour le moment, ils me conviennent parfaitement. Ils sont mon garde-fou. Mon projet n’est pas celui-là. Dans 2 semaines je repars et ça fait la différence.

Pour le moment, si je devais répondre à la question du début, je dirai que c’est dans cette alternance de voyage et d’escale que se trouve ma vérité. Une vie de marin quoi...

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