Mercredi 25 septembre 2019 - 15h22

Duncan
La journée a bien commencé. Petit déjeuner, douche et EAG. C’est parti pour une expédition au village. Je commence à me détendre à propos du mouillage. Ça fait 2 jours (et 2 nuits) que je suis là et le bateau n’a pas bougé d’un cheveu de la tête à Matthieu. Malgré les rafales supérieures à 20 nœuds. Donc je monte dans ma petite annexe et je rejoints la plage. 1/2h de marche pour arriver à Caleta del Sebo. Je passe devant la maison aux perroquets et me voilà assis en terrasse, devant un caffe con leche (j’ai pas eu le choix). Un voisin de mouillage vient s’assoir à ma table. Il s’appelle Duncan, il est mi-écossais mi-anglais. Comme moi il voyage seul pour le moment, loin de son pays en plein tumulte. Il doit avoir une quarantaine d’années et sa copine le rejoint quand elle peut. Ils ont trouvé un arrangement intéressant : lui navigue et elle travaille. La grandeur de l’empire… Nous passons 1h ensemble à disserter de choses et d’autres, mais surtout de bateau évidemment. Il est bien cool Duncan. Simple, clair, aimable. Il y a moyen qu’on se retrouve devant une bière dans pas longtemps.
Je suis toujours un peu surpris de ne pas m’ennuyer. Il faut dire que la lecture du moment a de quoi me faire apprécier les pauses oisives à regarder le ciel et les cônes volcaniques.
Graciosa, c’est un endroit à part quand même. Pas de route, quelques véhicules mais pas plus d’une dizaine et des touristes canariens. Il semble que ce soit l’endroit où l’on vient pour la journée profiter de la plage et exhiber sa garde robe dont la surface est inversement propotionnel au prix, j’imagine. En tous cas, on est sur du 1/4 de short sur du 1/8 de string et sur du souvenir de haut. C’est rigolo. Le résultat n’est pas toujours en accord avec ce qui était vendu sur catalogue mais ça, on y peut rien. La faute au temps qui passe et à la cuisine espagnole…
Dans quelques jours, je partirai d’ici pour aller me poser à Gran Tarajal sur Fuerteventura. Une marina immense et presque vide près d’une petite ville perdue en plein desert. Je m’étais dit que j’y reviendrai quand j’y suis passé en septembre 2018.


Une autre voisin de mouillage sur Sun Legende 41, que j'ai déjà croisé aux îles Scilly je crois


Duncan sur son annexe en bois

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Lundi 23 septembre 2019 - 21h36

Clyde
« Alors voilà, Clyde a une petite amie.
Elle est belle et son prénom c’est Bonnie… »
A chaque fois que je suis content, cette phrase me revient direct !
48h de traversée et me voilà à Graciosa.
Des souvenirs, j’en ai quelques un ici.
Le 1er avec ma sœur, mon double, mon âme liée, Marie, je vous salue… Non je déconne.
Le second avec mon frérot, pas génétique mais on s’en branle, mon frère quand même.
Autant dire que l’endroit me semble tout indiqué pour retrouver le sens de la marche.
Les dernières 24h ont été un peu musclées et du coup j’ai pas trop pu dormir. Du coup aussi, je me suis lancé, sans le bonnet, sans les lunettes, dans la lecture de cet ouvrage qui m’attend depuis plusieurs mois, quelques années peut-être : Une question de taille. Son auteur… Olivier Rey.
Dire que ce mec est intelligent, ça ne sert à rien. Autant dire que la pluie, ça mouille, ou que si la route est sèche, c’est qu’il ne pleut pas.
Mais pourquoi ai-je éprouvé l’envie de commencer cet ouvrage justement sur cette traversée, Alors que mes nerfs commençaient à crier grace et que les conditions ne prêtaient pas à la détente ? Je ne sais pas. En tous cas, bien m’en a pris comme on dit (j’adore pouvoir utiliser cette expression à la con pour une fois). Je ne fais que débuter la lecture. 65 pages dans la nuit. Mais pour ceux que ça intéresse, 65 pages d’Olivier Rey, ça doit être équivalent à 3500 pages de Michel Onfrey. Pas de sarcasmes dans ce que je dis. J’aime bien Michel Onfrey. Enfin j’ai bien aimé à un moment. Mais Olivier, c’est le philosophe de la densité.
Je m’égare…
Ce voyage est à définir. Et voilà pourquoi je ne sais pas ou je vais. Ce que je sais en revanche, c’est que dès que je chemine dans ma bonne direction, plein de petits signes me confirme qu’on est sur la bonne trajectoire.
J’ai perdu ma bague, alliance avec l’enfant, dans ce non début de voyage. Rien de grave ! Je n’ai jamais été attaché à ce genre de symboles. Mais quand même, ça fait partie des signes à ne pas négliger. Heureusement ! (« je connais un malien… » spéciale dédicace pour Tristan) Je connais une personne qui voit bien mieux que moi ces signes. Et elle m’accompagne souvent par la pensée. Et justement, elle me dit, toujours par la pensée, de bien ouvrir les yeux. Je m’y efforce.
J’ai donc retrouvé le sens de la marche. Mon projet, c’est quand même d’aller de l’autre coté de la terre ! Et c’est juste parfait. J’ai déjà envie de repartir ce soir… Bon je vais me calmer avec mes 2h de sommeil et mes 65 pages d’Olivier Rey.
Demain, je fais le tour du bateau, j’appelle Julien et Tristan. Et après on voit.

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Samedi 21 septembre 2019 - 15h16

Tout est bien
Je quitte seul Essaouira et le Maroc. Augustin est resté au Maroc. Il a des projets dans ce pays et c'est bien. Pour moi, j'ai l'impression de rentrer chez moi, en mer. On s'est fait toutes les promesses que l'on ne tiendra pas mais c'est pas grave. Nous avons finalement beaucoup échangé et ça n'a pas été sans intérêt, pour lui comme pour moi. Bien sur il m'a exaspéré par moment mais on a pu en parler librement et c'est le plus important.
Maintenant, c'est cap au 235, direction Lanzarotte ou plutôt Graciosa dans un 1er temps. ça fait plus d'une semaine que je n'ai pas sifflé ne serait-ce qu'une pauvre bière... C'est pas que ça manque mais quand même. Le Maroc est un beau pays et les gens sont carrément accueillants. Bien sur à Essaouira, ça ressemble un peu à l'accueil que l'on peut trouver place du Tertre mais c'est quand même bien plaisant.
Retour donc à ma vocation. Avec le sourire au lèvres.

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Lundi 18 septembre 2019 - 10h03

Fin de partie
Hier fut une journée éprouvante. J’ai pas su contenir le truc et ça m’a surpris.
Nous sommes amarrés à Mohamedia à 20 km au nord de Casablanca. Il faut dire que la marina de Casablanca c’est comme la probité de François Hollande ou l’intelligence de Marlène Chiappa, on en parle depuis longtemps, plus de 10 ans en l’occurrence, mais personne ne l’a jamais vue. Comme beaucoup de chose ici au Maroc, le chantier débute mais ne finit jamais. Et donc hier, mon futur ex-coéquipier et moi prenons le bus direction Casa pour la journée. Dès le début, je sens que ça va mal se mettre. Augustin, car tel est son nom, tout jeune et enthousiate qu’il ait pu se montrer jusqu’ici, est un faussaire. Un faussaire parfait. J’ai compris hier qu’il est acteur de sa vie. Il joue ce rôle et ses yeux disent : « regardez moi comme je suis beau, comme je joue bien ».
Et ça je ne peux pas le supporter. Ça me fout la honte.
Nous avons rencontré Mehdi, retraité de 67 ans, ancien pilote à Cazaux, qui passe son temps à marcher dans sa ville qu’il connaît très bien. Je pense qu’il s’ennuit un peu en temps normal et quand il m’a pris la main, comme le font si joliement les marocains, pour me guider et nous emmener à divers endroits, une lumière s’était allumée dans ses yeux. Nous avons passé la journée avec lui mais surtout avec Augustin et sa perche à selfi ! Ce simple accessoire résume tout. Augustin, c’est une réédition des albums de Martine. Augustin dans le bus, Augustin traverse l’avenue, Augustin devant la mosquée Hassan II, Augustin prend un selfi d’Augustin : Inception de l’ego. Et moi, hébété par ce maelstöm autocentré et le vacarme incessant de la ville, je suis sans un mot, sachant que la moindre parole sera plus acide qu’un citron pas mur.
Nous acceptons l’invitation de Medhi à venir chez lui boire le thé. En fait il s’agit d’une petite cérémonie avec femme et enfants, patisseries maison et photos de famille. Le fils vit à Namur, la fille ainée à Saint Nazaire (!) et la dernière fille à Valencia. Il faut croire que le Maroc n’a pas que des qualités. Les enfants présents sont ceux de sa nouvelle femme, beaucoup plus jeune que lui, adorable, comme ses enfants d’ailleurs. Egogustin me fout la honte à maintes reprises, même si la petite famille semble amusée par ses enfantillages et mes menaces de le jeter à la baille à la 1ère occasion. Tout ça se termine par des adieux très temporaires car Medhi nous invite à venir manger le couscous aujourd’hui…
En tous cas, nous sommes convenus, enfin surtout moi, que notre bout de route ensemble allait prendre fin prochainement. Genre à Agadir dans 3 jours environ. Et puis sur le bateau, à l’abrit des regards, du public, il reste sympathique. Je vais essayer de m’en souvenir.
Quand même, après cette journée éprouvante physiquement mais surtout nerveusement, j'ai passé une nuit pleine de rêves dont le plus marquant s'est presque réalisé sous la forme d'un message au matin sur mon téléphone. Comment interpréter ce signe, je ne sais pas encore mais le fait est que je l'ai bien vu.

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Samedi 14 septembre 2019 - 01h26

Algarve
Retrouver le sens de la marche quand tu ne sais pas où tu vas. Pas évident! Mais je sais que ça va venir. Le bateau pour ça c’est pas mal. La nuit surtout. D’ailleurs, comme une mise à l’épreuve, la météo ici, au sud du Portugal est intéressante, et pas si simple. Le vent qui tourne de 90 à 3h et demi du matin, ça coupe un peu le sommeil mais c’est distrayant. Ça fait quelques jours que ma patience est limitée avec mon équipier. Injuste, inutile, mais incontournable malgré mes efforts. Je repense à ce livre cité à maintes reprise par Julien lors de notre voyage il y a 4 ans : lâcher prise. T’as raison Léon ! Je m’y attelle sans relâche. Ça va venir, je le sais.
En attendant, cette petite pause à Albufeira, au sud du Portugal, est la bienvenue. Ici, c’est l’Algarve dans toute son horreur et sa douceur de vivre. Je vois passer des speed boat qui consomment plus que Depardieu et houellebeque réunis, emmenant des chargements entiers de touristes prêts à passer les semaines qui viennent chez leur osteo favori pour réparer les dégâts subits par leur colonne vertébrale. Mais il y a aussi un avant goût des antilles avec des bars 3/4 vides ou la super bock coule à flots apportées par des serveuses venus de l’Europe entière. Le temps est arrêté. On pourrait s’enliser ici sans s’en rendre compte. C’est d’ailleurs ce que font bon nombre de gens que l’on croise ici, qui échappent à l’impôt de leur pays d’origine en achetant un appartement à Albufeira et y passe suffisamment de temps pour être déclarés non résidant dans leur pays. Mais échappent-ils à l’ennui et les problèmes de prostate et autre ménopause ? Pas certain.
Cette pause portugaise prendra fin sans doute demain. Cap au sud encore et toujours. Le bateau va bien et moi aussi.

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