Vendredi 5 avril 2019 - 18h40

Direction Agadir.
Je suis parti hier jeudi vers 10h (9h TU) de Tenerife.
Bizarrement, la soirée précédente, j’ai enfin fraternisé avec les gens présents à la buvette de Nina. Je venais de récupérer mon génois « tout neuf » et je me suis dit, ça s’arrose !
Du coup j’ai passé 2 heures avec Thomas et sa copine dont j’ai oublié le nom. Étaient présents aussi une vielle hollandaise qui sèche à San Miguel depuis quelques années à mon avis, et Richard, un anglais de 50 ans de Liverpool qui pourrait sans problème tenir le 1er rôle dans un film de Ken Loach. Thomas, c’est lui qui a réparé ma voile, il est suisse et a mon âge. Sa copine est française, 10-15 ans de moins je pense. C’est elle qui est responsable du retard sur la réparation du génois. Enfin surtout son goût probable pour les attentions de Thomas qui se doute que pareille situation ne se représentera peut-être pas de si tôt. Du coup ils niquent comme des castors.
3 pintes plus tard, la copine dont j’ai oublié le nom n’avait d’yeux que pour moi et semblait très déçue que je les quitte pour aller remettre mon génois à poste et surtout soulager ma vessie qui commençait à déclarer forfait après 1,5 litres de bière locale. L’avantage avec la Dorada c’est que tu riques plus l’éclatement de vessie que le comma éthylique.
Et puis hier matin, j’ai fait le plein d’eau, salué Raphaël et sa petite Gaia et je suis parti.
Tenerife, c’est un endroit où les gens peuvent se poser et ne plus penser à repartir. Julie et Raphaël sont au ponton à San Miguel depuis 5 ans ! J’ai bien compris que Raph m’enviait un peu de me voir partir.
Depuis, je suis en route. Il m’a fallut 1/2 journée pour reprendre mes marques, d’autant que les conditions ne sont pas tout à fait clémentes. Maintenant, je me sens bien. J’attends la prochaine avarie sans angoisse et je m’efforce de faire avancer le bateau au mieux. Se donner des échéances n’est pas ce qui est le plus agréable mais en même temps, ça évite probablement le syndrome canarien. En route donc pour Agadir, j’espère arriver dimanche en milieu de journée. Ensuite, rendez-vous 8 jours plus tard à Lisbonne. Normalement ça passe. Je voudrais bien rester une journée pleine à Agadir, c’est la première fois que je pose les pieds au Maroc.

pompiers
Entrainement écoresponsable des pompiers canariens


Visite de départ des dauphins de Tenerife

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Dimanche 31 mars 2019 - 23h52

Entre le désert des tartares et Baraka.
Dans 3 jours, je largue les amarres et c'est pas dommage. J'ai envie de me dégourdir les jambes. Ici, c'est un peu une sorte de fort Bastiani. Quand on y est, on se demande si on en repartira un jour. Mais on y est pas mal.
J'ai accepté l'invitation de Julie et Raphaël à déjeuner ce midi. Ils sont mes voisins de ponton. Et eux, le fort, ils connaissent. 3 ans qu'ils sont là. Lui ils continue à bricoler ça et là. Sur un bateau, tu peux passer ta vie à ça. C'est un ancien comédien de théatre, la quarantaine, un peu plus. Gentil, ancien gauchiste, et ancien de Bagnolet aussi. On a des points communs, c'est sur. Elle, Julie, plus jeune. Je ne sais pas ce qu'elle faisait avant. Avant de mettre au monde la petite Gaia. Elle est gentille aussi. En fait, ils occupent leur vie à élever une petite de 3 ans maintenant, sur un bateau. Et je trouve ça intéressant. Ils font ça pas mal à vrai dire.
Je n'ai pas résisté à l'envie de leur montrer des photos de Loup, d'abord, puis de mes garçons... Je sais que c'est débile mais au fond, je suis fier. Pourtant quand je pense à eux, je suis surtout reconnaissant à l'univers, à leur mère, de m'avoir fait le père de ces 2 gars là! Je souhaite à tout le monde de croiser leur route un beau jour.
Ce soir, j'ai maté un film que Fred m'avait donné, sans le savoir probablement. Baraka. Et bien ça m'a pas coupé l'envie de voyager. c'est certain. Pourtant, ce n'est pas que beau et sauvage... Mais ça donne une perspective, de la profondeur, et ça fait réfléchir à un milliard de choses. Comme Fred au fond.
Jeudi prochain, si tout va bien, et si le commandant Matti me libère, je pars vers l'est-nord-est. Cap au 70. destination Agadir. ça c'est cool. L'Afrique, quand même, merde!

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Jeudi 28 mars 2019 - 20h45

Le départ approche
Aux Canaries, il ne faut pas se prendre la tête. C'est comme un avant-gût des Antilles. J'entends une petite voix un peu trop lointaine qui me rappelle qu'il faut lâcher prise. Et donc, c'est ce que je fais.
Le bateau ne sortira pas de l'eau ici, c'est dit. J'ai bien compris en parlant à Rafa ce matin (le capitaine de la marina) que l'heure n'était pas à l'action. On a finit par se dire, demain peut-être, comme on se dit on se rappelle. Donc c'est pas ici que je sortirai Lullaby. Mais à y bien regarder, je sais pour avoir navigué presque 2 mois depuis "l'incident" que le bateau peut continuer comme ça pour le moment. Donc! En avant pour la suite, et c'est pas dommage...
La suite, c'est sans doute à partir de dimanche. Mes voisins, enfin ma voisine en l'occurence, m'a proposé de m'emmener en voiture samedi au marché local pour un avitaillement bien pensé. C'est cool! Je pense donc quitter San Miguel dimanche. Destination, un peu de nord, un peu plus d'est, Agadir! Je n'ai jamais mis les pieds au Maroc et vu par les marins, ça a l'air bien cool. Et puis merde, quand même! C'est l'Afrique.
L'idée c'est de refaire le même trajet que début décembre avec Matthieu, Tenerife-Graciosa. Un petit mouillage gentil à la playa francesa. Et puis de là, 215 milles cap au 70 pour rejoindre Agadir. Une ballade en fait. Il y a 2 jours, j'ai matté le film de Jarmush qui plait tant à Caro, Only lovers left alive. Du coup tout ça prend un peu de sens et de cohérence. En tous cas, l'idée de naviguer 3-4 jours pour débarquer au Maroc, ça me plait carrément bien. Pas de difficulté, pas de défi, juste ça ressemble vraiment à ce que je suis venu faire sur le bateau.
En parlant du bateau, j'ai quand même utilisé correctement mon temps ici. Toutes ces petites choses réalisées tranquillement me rendent la vie bien confortable sur Lullaby. Et je me rends compte que c'est la première fois que je prends soin du bateau comme ça. Du coup j'ai l'impression que ce qui nous manque maintenant, juste, c'est de partir. Profiter de cet espace unique et presque infini. La contrepartie, enfin une contrepartie, est sans doute de devoir composer avec une certaine solitude. Mais c'est pas si certain. L'isolement du navigateur solitaire est aussi à l'origine d'une capacité décuplée à voir les autres. J'ai l'impression que je pourrais bien trouver une manière, nouvelle pour moi, de voir les autres. Plus simple, plus naturelle. On verra bien. En tous cas, je me rapproche de ce que j'ai été de meilleur jusqu'ici.

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Mardi 26 mars 2019 - 21h32

Cordon bleu.
Le cordon bleu, je ne connaissais pas, c'est un truc tel que seul l'homme moderne a pu l'inventer.
Nous commençons à être assez potes avec mes voisins de pontons. Pour diverses raisons pas forcément toutes respectables mais bon. Raphael est un bon gars. La quarantaine je pense, il a donné corps à ses rêves et tenu compte de son inadaptation au monde économique libéral. Donc ça fait 5 ans qu'il vit sur son vieux bateau. Julie, sa douce, est plus jeune. Je dirais de l'âge statistiquement le plus répendu pour être la mamn de sa petite de 3 ans , Gaia. Et depuis 2-3 semaines que nous vivons en voisins, nous avons tissé quelques liens que nos vies comparables rendent assez évidents. Ils suivent avec un peu d'intérêt mes turbulentes aventures avec les responsables de la marina qui, pour être tout à fait charmants, n'en sont pas moins complètement indifférents à mes "problèmes" de safran.
Aujourd'hui, j'ai eu une discussion avec Raphael à propos de nos vies, de la vie en général, et de la vie en France en particulier. Concert de désappointements! nous chantions en harmonie et en canon notre dégout d'un monde dont la logique nous effaie. Il m'a proposé d'essayer son paddle, ce que je ferai peut-être demain. "Bref, c'était la détente" comme le dit si bien mon médecin préféré.
Et puis ce soir, j'étais tranquillement installé dans le carré à siroter une Duvel en mangeant du poulpe et je venais de mettre "history of violence" de Cronenberg quand j'entend frapper sur la coque. C'est comme ça qu'on fait pour signaler sa présence sur un bateau. Je sors et je tombe sur le gentil Raphael qui me dit un peu géné qu'ils ont un "cordon bleu" en trop et que si ça me dit, il me l'apporte illoco. Mes souvenirs de ce genre de produit étant tellement lointains que j'accepte, un peu déconcerté. Et puis, quand bien même j'aurais su ce qui m'attendais, je ne pouvais pas lui dire "non, va chier avec ta merde"...
Tout ça pour dire que si vous avez des enfants ou si vous projetez d'en avoir, oubliez à tout jamais ces 2 mots. Cordon bleu. C'est un truc à n'y pas croire. En l'ingurgitant, j'étais partagé entre des spasmes de rire et de dégout. Mais finalement, ce qui compte dans tout ça, c'est ce geste qui pour être tout à fait maladroit et peut-être criminel, n'en est pas moins une preuve que nous ne sommes pas définitivement de sombres merdes.
A moins ? A moins qu'il ait conscience de ce qu'il a fait...


Aux Canaries, un problème, une solution

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Lundi 25 mars 2019 - 19h27

Le vent a tourné.
Ici c'est simple, alizées du nord-est les 3/4 du temps entre 15 et 25 noeuds ou bien vent de secteur sud, faible et la pluie qui arrive. Et même la neige ce matin sur le Teide.
Sortir le bateau ici, c'est un vrai projet. Soit le vent est trop fort, soit la grue est en panne, soit... Soit rien mais c'est pas possible quand même. Ou alors demain. Comme tous les jours. Donc demain, je sortirai peut-être le bateau. Pour la réparation du safran, c'est plié. Mais je peux encore faire le reste, nettoyage de la coque, changement des anodes et nième réfection du passe-coque du loch. Le passe-coque du loch et la plaque de mât du vit-de-mulet, ce sont mes compagnons de vie sur Lullaby. J'ai l'impression que je pourrais passer ma vie à bord de Lullaby à devoir arranger ces 2 merdiers sans que ça ne soit jamais définitif. ça doit avoir un sens mais je ne vois pas encore lequel.
A part ça, je suis plutôt content. Plutôt détendu même. Je ne sais pas encore ce que je vais faire la semaine prochaine mais ce n'est pas important. Peut-être Agadir en passant par Graciosa. On verra ce que disent les prévisions météo.

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