Mardi 3 mars 2020 - 15h56

Patria o muerte


1 peso cubano

Cuba. 5 jours que nous sommes à Cuba et je sais que cette étape me sera bien utile. Comme un apprentissage de l’humilité et de la maitrise de soi. En même temps que je découvre ce pays dont on dit tant de choses, pas toutes vraies loin s’en faut, se dessine dans mon esprit une sorte d’avenir probable qui pourrait peut-être s’avérer possible. Ce que je clame depuis tant de temps comme une évidence commence à se présenter concrètement pour moi. On finit toujours par être seul.
Cette manière de ressentir les choses peut-être plus fortement que les autres m’a toujours donné un pouvoir de bousculer les consciences de ceux qui m’entourent. Rôle flatteur certe mais qui reste un rôle. Et tôt ou tard, la vérité me rattrape. La vérité, cette putain qui se laisse si souvent baiser, j’en sais quelque-chose, voit finalement son heure arriver. Et alors, il faut payer la note. J’aurais dû me méfier et ne pas vivre à crédit dans ce domaine.


Santiago de Cuba

Ici à Cuba, j’apprends que les choses ne se passent pas comme le racontent certains. Des gens vivent ici comme partout ailleurs et sont plutôt contents de nous voir accoster chez eux. Bien sur, le formalisme administratif est présent mais rien à voir avec cet abyme de tracasseries et interdictions que j’imaginais avant de venir. l’absurde aussi a trouvé une place de choix et la situation économique disons compliquée agit comme un révélateur dans ce domaine.
En 1ère ligne, on trouve évidemment l’utilisation de 2 monnaies, le peso convertible, à peu près 1 dollar US, et le peso cubain équivalent à 1/25 convertibles. Mais leur utilisation n’est pas dissociée. Les cubains sont payés en peso cubains semble-t-il mais on peut changer pour des convertibles sans difficultés. En tous cas, les visites à la banque occupent pas mal de monde le matin et même tout au long de la journée. Ensuite, on peut parler de l’accès internet du genre compliqué, de l’approvisionnement des supermarchés du genre psychotique mais aussi du reggaeton poussé à son niveau le plus débile et des références américaines dans les styles vestimentaires assez surprenantes. Enfin, le système D est omniprésent et commence par un marché noir très actif. Une part non négligeable de la production de rhum ou de cigares sort des usines de façon clandestine pour être vendue au touristes. Mais finalement, ce qui m’étonne, c’est qu’on peut découvrir tout ça sans efforts. C’est la vie telle qu’elle se déroule ici.


La marina de Punta Gorda à Santiago


Pedro-Expert en marché noir


Sur les murs du marché à Santiago


Fidel

Après 5 jours à Santiago de Cuba, nous avons fait les choses comme il faut et obtenu sans difficultés particulières le permis de navigation qui nous permet de jeter l’ancre ou bon nous semble. Aujourd’hui, c’est à Pilon que nous sommes arrivés. Petite bourgade agricole à 80 milles à l’ouest de Santiago. Ici, c’est bien différent et très intéressant. En particulier cette manifestation artistique sur la jetée en cette fin de journée où, en attendant les artistes prévus qui ne viendront jamais, chacun est invité à s’exprimer musicalement sur la petite scène en plein vent. Ça commence par une chanson qui raconte en gros : « Cuba libre, si ! Imperialismo no ! ». on voyage… Du coup, sur le pont du bateau depuis le mouillage, ça me rend nostalgique de ce que je n’ai jamais connu et, le rhum aidant, je me lance dans un pamphlet à la gloire de l’altruisme de Mathieu Ricard et contre l’égoïsme en général et celui de mon équipage en particulier. Pure divagation romantique issue de mon incapacité à admettre l’évidence. Si ce voyage m’apprend quelque chose, c’est bien que je dois me méfier de moi-même. Après avoir combatu le nihilisme, c’est le romantisme qu’il me faut maitriser. ça commence à faire beaucoup. Un jour, j’accepterai peut-être cette solitude qui me tend les bras. Et peut-être que je vivrai en paix.
Ce matin, je constate avec effroi que la bouteille de rhum entamée hier soir, Matusalem de Santiago, est proche du décès. Je comprends mieux mes divagations nocturnes. Il me reste quand même une vague impression que je pourrais redémarrer assez vite sur le sujet de l’égoïsme.
2 jours à Pilon, ça semble suffisant. On commence à mieux comprendre ce qu’il se passe ici. Pas grand-chose en fait. Mais on a bien intégré la règle N°1 qui s’applique à Cuba : Si tu trouves quelque-chose, prends le, après il n’y en aura plus. Demain, nous quitterons Pilon pour rejoindre Niquero, à 60 milles d’ici. Une petite ville où parait-il on peu manger du poisson. Mais ça c’est pas certain, on est à Cuba.


Un paysan rencontré près de Pilon nous offre un rafraichissement

Le voyage promet d’être long. La suite, ce sera le Mexique, on ne sait pas encore ou exactement. Peut-être Cancun qui n’a pas grand-chose d’attrayant avec ses nuées de touristes américains mais qui permettrait à Nico de nous rejoindre. Ça va pas être simple cette affaire, cette région se prête mal à la visite de mon ami pour des vacances. Les Antilles, cela aurait été plus simple mais c’est comme ça. On verra bien. En tout cas, ça sera l’ultime étape aller de ce voyage et probablement le moment pour Roisin de partir. Ça fait presque 3 mois que nous navigons ensemble et le manque sera évident. Je penserai à elle quand je retournerai en Irlande.
Le retour, je commence à y penser. Ce qui est bien, c’est que j’ai mis la barre bien haute, mais pas trop. Mexique-Bretagne, y’a moyen de voir du pays. Et niveau navigation, ce sera l’occasion de savoir si le bateau ça me plait. Remonter au vent jusqu’au Antilles déjà, c’est s’habituer à marcher sur les murs pour au moins 1 mois. La vie penchée mais la vie quand même.
L’étape de Niquero fût courte et intense. Dès notre arrivée, je comprends que personne ne fait étape ici. Le mouillage est assez délicat à trouver dans 2.5m d’eau. Nous sommes attendus par les autorités dès qu’on a mis pied à terre et je dois retourner au bateau avec 2 hommes, un jeune en tenue militaire et le responsable du moment, en salopette de jardinier. C’est lui qui décide de la suite. Il jette un rapide coup d’oeil à l’intérieur puis tout sourire me demande si on pourrait fêter notre arrivée avec un petit verre… Je me rends compte du coup qu’il ne m’a pas attendu pour participer à l’effort national à grand coup de rhum. Je sors la fin d’une bouteille de Matusalem qu’il vide entièrement dans un verre sale qu’il a pris dans l’évier et se le boit sans précipitation mais avec déterminination. Le partage c’est pas son truc. Voilà pour les formalités.
Nous parcourons la petite ville en ce dimanche soir, c’est animé, un peu. Sur un place, nous trouvons un petit kiosque où sont regroupés une dizaine d’hommes, on y vend de la bière. Règle N°1, nous nous y arrêtons et commandons 3 bières. On apprend qu’il y en a en fonction des arrivages, 2 fois par mois. C’est notre jour de chance. Un homme tout à fait sympathique est ravi de discuter avec nous. C’est lui qui nous explique la ville et ses manques. Je sens une pointe d’ennui et qu’il est content de parler avec nous. Il veut absolument nous parler de football. Il veut absolument que je lui dise qu’elle équipe, française en plus, je supporte. Pas facile comme question, d’autant qu’il n’en connaît qu’une, Paris, qui vient, m’apprend-il, de perdre en ligue des champions contre Dortmund. Je finis par lui lacher le nom de la ville de Nantes, ça l’occupera 5mn.
La suite de la ballade est charmante et nous trouvons même un café avec une terrasse pour prendre une autre bière. C’est un lieu qui attire quelques trentenaires intéressants. C’est là qu’un jeune militaire venu à vélo nous retrouve pour nous annoncer que le bateau est parti à la dérive ! Retour précipité jusqu’à l’annexe puis au bateau, de nuit, où je retrouve mon ivrogne en salopette et son aide de camps. Le mouillage est remonté et le bateau est en remorque d’une grosse barque de pêcheur. Je prends la manœuvre au moteur pour refaire un mouillage correct. 60M de ligne dans 2.5m, ça devrait suffire. Bizarre cette affaire quand même… Au passage, mon jardinier, toujours hilare et toujours bourré me demande un petit remontant pour l’occasion. Je lui sors la fin d’une autre bouteille de rhum absolument immonde, achetée dans la rue à Santiago. Pas de soucis pour Nicolas, 2 gorgées et la bouteille est morte. C’est l’heure de les débarquer. Il me donne rendez-vous pour le lendemain matin et je crains qu’un petit racket s’organise en mon honneur.
Lundi matin, nous débarquons et nous sommes attendus. Un militaire, gradé, nous accueille. Il a des choses à nous dire. Je vois à l’intérieur du batiment mon jardinier qui devait être de garde dimanche. Le gradé nous explique que nous ne pouvons pas aller en ville, que nous ne pouvons même pas débarquer ici et que notre unique option pour le bien-être de tous est de nous barrer promptement. Barrez-vous en fait ! Jean-louis salopette, le rhum aidant, a pris des libertés avec le règlement. Nous quittons donc Niquero.
Toujours vers l’ouest, nous enchaînons le paradis et l’enfer pour finir par nous amarrer dans la marina de Cienfuegos. Un mouillage à Cayo Blanco, petit îlot peuplé d’iguanes et où un gars très cool tient un petit restaurant pour accueillir les rares touristes qui passent par là. Il nous propose de manger le soir avec lui et nous invite pour la paella du lendemain. L’eau est cristalline, l’endroit est magique. Mais Eole a décidé de nous en interdire l’accès dès la nuit tombée. 30 nœuds de vent et des vagues imposantes nous obligent à renoncer au diner à terre. Au matin, c’est la ligne de mouillage qui casse et nous n’avons pas d’autre choix que de partir. Direction Trinidad. En fait, la marina dans la baie de casilda est inaccessible avec 2m de tirant d’eau et nous n’avons plus qu’à poursuivre vers l’ouest et Cienfuegos.


sur Cayo Blanco de Casilda

Cienfuegos est un endroit où on trouve à peu près ce qu'on veut. Beaucoup de touristes français viennent ici. l'approvisionnement est toujours aussi bordelique mais clairement, le monde de la consommation est arrivé ici. Ce que nous n'arrivons pas à savoir, c'est qui profite de quoi. Il y a une jeunesse dorée qui se rapproche des standards occidentaux mais il y a aussi des gens qui vendent des paquets de pates dans la rue. Peut-être des restaurants non gouvernementaux où les gens sont intéressés au résultat. En tous cas, la vie semble plus simple ici, à seulement 150km de Niquero. Je vais essayer de trouver une chaine de mouillage à relier à mon ancre de secours et dans quelques jours, nous repartirons vers l'île aux iguanes en espérant profiter de conditions plus clémentes et peut-être retrouver mon mouillage posé au fond.


Marina de Cienfuegos

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