Mardi 23 avril 2019 - 12h57

A l'abri!
Ça fait bientôt 3 semaines que j'ai quitté les Canaries. Et 2 semaines que je suis parti d'Agadir. 2 semaines bien remplies!
Je suis parti juste avant un gros coup de vent près d'Agadir. Enfin c'est ce que je croyais... En fait j'ai ramassé du vent et de la mer pendant 72 heures qui ont laissé des traces. Sur Lullaby d'abord, avec la nouvelle bibliothèque qui explose, puis l'éolienne ne tarde pas à en faire autant. Ensuite c'est à un rythme soutenu que les merdes se sont enchainées. Début d'incendie électrique la nuit dans le compartiment moteur, puis le bateau qui fait ce qu'il veut au petit matin. Je constate rapidement que la barre à roue est aussi détendue que Doc Gyneco à un colloque de l'association pour la cause freudienne. Et petite cerise par dessus, le pilote est aussi mort que la charpente de Notre Dame. ça commence à faire beaucoup. Le reste est à peu près en état même si le gréement a bien souffert. Le vit-de-mulet est à l'agonie et 3 charriots de GV ont explosé. Mais il y a quand-même une bonne nouvelle. Le beau temps revient et le vent qui s'est considérablement calmé a tourné nord-est et me permet d'avancer vers Porto-Santo. Mais il faut d’abord trouver un moyen de faire avancer le bateau sur un cap à peu près constant. Donc 1ère chose, après avoir constaté avec bonheur que le safran est toujours là, installer la barre franche, la bloquer avec des bouts et régler les voiles pour essayer d’aller tout droit sans avoir à barrer. Et ça marche. Je savais déjà que sur une allure de près pas trop serré, on pouvait trouver un équilibre assez stable. Ça va me donner la possibilité de travailler sur tout le reste et accessoirement de dormir le moment venu. Les jours qui suivent sont mis à profit pour tenter d'améliorer la situation. D'autant que le vent ne tarde pas à s'évanouir complètement, ce qui n'arrange pas mes affaires pour le rendez-vous de Lisbonne. Mais la-dessus, j'ai appris à lacher prise. Je commence à vivre en marin et un marin, il arrive quand il arrive.
1er chantier, l’éolienne. Je démonte tout, y compris le mat pour refaire quelque-chose de fonctionnel si c’est possible. La veille au soir, en allant bloquer l’éolienne qui menaçait de tomber et qui tournait à plein régime, j’ai eu la désagréable surprise de me faire secouer par une décharge électrique sur le balcon arrière. Ça réveille mais c’est pas bon signe. Quelques heures plus tard, je suis épuisé mais l’éolienne est à nouveau à poste, plus solide que jamais, prête à me donner ses 400 watts, s’il y avait du vent…
Le lendemain, j’attaque le gros du travail. En une journée de travail comme je n’en ai pas connue beaucoup, je démonte complètement le système de barre, constate la rupture du cable au niveau de la liaison avec la chaine dans la colonne, répare correctement la chose et remonte le tout. Pendant ce temps là, Lullaby file tranquillement à petite vitesse vers le nord-ouest. Le lendemain, c’est repos sous le soleil et à petite vitesse.
Le jour suivant, c’est pétole absolue. Pas un souffle ! À ce rythme là on se verra au 15 août… Plus question d’équilibre des voiles pour aller tout droit sans pilote. Le bateau fait des volutes dans l’eau et il n’y a rien à faire. Les épisodes au moteur pour la recharge des batteries permettent d’avancer un peu sur la route mais on est pas arrivés. J’en profite pour ouvrir la malette qui contient peut-être un pilote de secours. En fait, la rupture du cable de barre a entrainé la dégradation d’un cable électrique du pilote et un cout-circuit qui l’a sans doute détruit. Pour faire rapide, après soudure de réparation du cable dénudé, test du second pilote, test de tous les éléments jusqu’au verin, j’ai un réel espoir de pouvoir remettre tout ça en marche. Et à la fin de la journée, victoire ! j’ai à nouveau un pilote automatique fonctionnel. Reste plus qu’à rejoindre Lisbonne avec 36h de retard mais un bateau à peu de choses près opérationnel.
Conclusion de cet épisode, je commence à bien connaître Lullaby et sa faculté à naviguer avec 36 nœuds sous 3 ris et un bout de génois. Dire que c’est confortable serait exagéré et les avaries que j’ai connues me rappellent qu’il faut rester vigilant avec la mer. C’est comme ça que je me retrouve à l’abrit à Nazaré en attendant que ce nouveau coup de vent passe avant de remonter vers Bordeaux.

barre

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