Lundi 29 avril 2020 - 17h06

Départ de Livingston au Guatemala le 24 mars 2020.

Livingston
Seule possibilité de sortir de Livingston

Livingston
Hector nous fait giter de 30° pour passer

2 avril 2020 Confinement

Hier, nous avons fait une escale rapide à George’s Town sur l’île de Grand Caïman. Le retour vers l’est dans la mer caraïbe n’est pas si simple et nous avons constaté que nos ressources étaient insuffisantes pour atteindre la Guadeloupe. Du coup, comme on était dans le coin, on s’est dit qu’on allait tenter un ravitaillement à George’s Town. Mais, en ces temps de pandémie, plus rien n’est simple en bateau, à part naviguer. En effet, à peine l’ancre posée, un couple de français vient nous accoster en annexe pour nous affranchir. D’abord, il est interdit de mouiller l’ancre ici, rapport à la protection des fonds, déclarés ou non. Ensuite, plus aucun bateau n’est autorisé à faire escale ici. Eux ont eu de la chance, si on peut dire, et ont eu le droit de rester moyennant une quarantaine de 15 jours à bord… Elle se termine aujourd’hui et ils vont mettre pied à terre pour la 1ère fois. Gilles, c’est son nom, me rappelle d’envoyer mon pavillon de quarantaine. Ok mais je ne sais pas ce que c’est. Le jaune me dit-il. Ah oui !? Bah j’en ai pas. Juste la peau de chamois qui sert à nettoyer le pare-brise. On s’en passera.
Eux, c’est pas le genre aventuriers. Ils font tout bien comme on leur dit. Moi aussi d’habitude. 2 enfants virgule 3, un PEL et ma déclaration d’impôts faite le 1er jour. Mais en bateau, c’est différent. Je suis plutôt du genre à faire ce que je veux et qu’on vienne pas me scier les ronds. Donc, point de pavillon jaune. Ils nous proposent gentiment de faire nos courses, parce que, en temps de crise, il faut de la solidarité, il faut s’entraider… J’accepte illico, leur donne une liste et ma carte bleue et les remercie chaleureusement. 2h plus tard, les voilà qui reviennent avec 2 sacs pleins de bonnes choses pour nous. Ils ont dû se faire chier grave ! Re-remerciements et tout… Je leur annonce que je vais contacter les autorités pour voir si des fois, y’aurait pas moyen… En fait, on décide de faire un tour à terre en douce, on verra bien. Tout se passe tranquillement. On en profite pour acheter des bières, du rhum, des clopes et prendre un menu big-daube à emporter au Burger King du coin. Au passage, je constate que George’s Town, c’est de la merde. Les Caïmans, c’est 20000 sièges sociaux d’escrocs, 240 banques non moins pourries et puis c’est tout. Sauf les fonds, encore eux, qui sont paraît-il fantastiques. De retour au bateau, on a un peu honte quand même. Monique et Gilles (enfin surtout Monique) se sont tapés nos courses sans raisons. Y’a beau geste !
Le menu big-caca avaler, et pas vomi mais c’en est fallut de peu, nous larguons les amarres direction Gwada.
Au coucher du soleil, en plein apéro puisqu’on a des bières, on voit arriver une embarcation tout en gyrophares et moteurs monstrueux. Au moins 600 ch au cul ! C’est la police maritime locale. Contrôle d’identité complet et questions diverses : Qu’est-ce qu’on fout là, d’où on vient, où on va. J’explique qu’on voulait faire escale sur leur perle d’île en mer caraïbe mais que comprenant que ce n’était pas possible, on a décidé de poursuivre notre route pour rejoindre la mère patrie, ou du moins son annexe antillaise. Tout ça leur va bien. Du coup ils sont gentils comme tout, du moment qu’on se barre. Ils nous demandent même si on a ce qu’il faut en terme de vivre et d’eau… C’est marrant ça. Je leur répond que tout va bien, merci, vive la reine et bon corona.
Fin de l’escale aux île Caïman. Prochain arrêt, Pointe-à-Pitre. On verra bien comment on est reçu.
Le prochain arrêt, c’est finalement la Jamaïque. Nous n’avons pas vraiment assez d’eau pour rejoindre la Guadeloupe ou du moins, ça risque d’être inconfortable. Nous avons donc décidé de tenter notre chance à Montego Bay.
Niveau autorités, c’est calme à Montego Bay. En fait, l’endroit semble touché par un mal mystérieux et les rues sont vides. Nous mouillons l’ancre au Pier One près du Montego Bay Marine Park. Il y a là 2 ou 3 gars qui sont juste un peu surpris de nous voir. On leur explique qu’on a juste besoin d’eau et qu’on fout le camp direct, il nous répond qu’on peut se servir ici moyennant une « petite contribution », virus ou pas virus, y’a des invariants dans la nature humaine. Pour 20$ US donc, nous obtenons le droit de faire 1000 aller-retour avec une annexe qui menace de sombrer pour remplir les réservoirs de Lullaby. Une fois la tache accomplie, je demande à un gentil membre du club portant masque et gants de latex où je peux trouver un distributeur de cash. Il me propose de nous emmener avec sa voiture, c’est gentil ça. Nous montons à bord de sa voiture qu’il prendra soin de désinfecter juste après, surtout depuis qu’il sait que nous sommes français. Je lui précise quand même que j’ai quitté la mère patrie en septembre dernier et que nous naviguons depuis 3 semaines sans escales… Nous empruntons le boulevard Jimmy Cliff ! Distributeur puis supérette pour acheter quelques bières. Le vendeur nous demande immédiatement de passer au lavage des mains avant de continuer. 24 bières et 2 paquets de Craven-A : 75 US$ ! Il se fait pas chier Bob Marley ! Il a bien vu qu’on était de passage et puis de toute façon, c’est à prendre ou à laisser. Je paye donc et je l’arrête dans son entreprise de nettoyage des cannettes une par une au désinfectant. Ça va bien la parano et puis au rythme où il va le fumeur de joints, on est encore là demain. On rejoint notre chauffeur qui nous ramène au ponton. Mais avant de se quitter, il me demande combien je pense lui donner pour la course. Il me reste un billet de 20 US$ et 700 $ jamaïcains. Je lui propose les 700 JM$ mais c’est comme si je lui proposais une menthol pour rouler son joint. À contre-coeur je lui propose mon dernier billet de 20 US$ et là, miracle, Dieu lui a chatouillé les pieds ou bien il s’est souvenu de mes 20 US$ pour 200l d’eau, il refuse finalement disant qu’il ne veut pas me dépouiller complètement. Merci Bob ! Finalement, nous rejoignons le bateau pendant que résonnent les balances d’un concert à venir, du reggae, du vrai, en Jamaïque, c’est beau.

réparation
1ère alerte sur le génois : 3h de travail

jamaique
Arrivée au petit jour en Jamaïque

9 avril 2020 on est dans le dur.

Ça fait déjà 16 jours que nous avons quitté le Guatemala et on est pas arrivés. Dans ce sens là, la mer Caraïbe c’est pas une partie de plaisir. Ça pourrait être pire avec une mer mal foutue et du vent contraire un peu trop fort. Là c’est juste long ! On avance pas très vite faute de vent et bien sur, c’est du près à s’en scier une guibolle pour être un peu à l’horizontal. On en a encore pour une bonne semaine avant d’arriver à Pointe-à-Pitre. Niveau relationnel, on a compris que l’heure est à l’isolement et finalement, Matthieu est peut-être la personne la mieux placée pour comprendre ça. Ça tombe bien. N’empêche ! En ce moment, je devrais être en solo. Je me connais un peu. Il me faut faire quelques efforts de concentration pour ne pas tomber dans le piège de l’arbitraire et de l’injuste. Du coup, la solution c’est plus trop de relations. Ça peut paraître bizarre mais c’est comme ça.
Aujourd’hui on est vendredi 10 avril. Jour anniversaire de mon père. Parfois je me demande pourquoi je suis si dur avec lui, dans mes pensées. C’est quelque chose que je ne maîtrise pas. J’ai depuis longtemps comme un arrière goût d’escroquerie. Comme si je soupçonnais la tromperie sans pouvoir mettre des faits en rapport. En tous cas, il a 88 ans aujourd’hui. Et moi, je suis en plein milieu de la mer caraïbe avec juste ce qu’il faut pas assez de vent pour la mer qu’il y a. ça veut dire que je fais un cap dégueulasse d’un coté comme de l’autre. C’est pas grave et j’ai juste à en prendre mon parti. On sera content d’arriver à Pointe-à-Pitre quand même.

Mardi 14 avril 2020

Bon là, ça commence à être un peu pénible. D’autant plus pénible que je ne suis pas tout seul. C’est vrai que je ne laisse à personne les décisions de navigations mais en plus, j’ai même plus envie de les expliquer. De toutes façon, y’a pas non plus de revendications... Depuis 3 jours, nous naviguons sous génois seul. La grand-voile est déchirée sur le bord de fuite au-dessus du 3ème ris. Il faudra faire réparer ça à Pointe-à-Pitre. Du coup, en plus du vent qui s’obstine à être le plus défavorable possible et de la mer qui fait tout ce qu’elle peut pour ralentir le bateau, je fais un cap vraiment immonde et la vitesse de rapprochement au but est famélique. Ajouter à ça les preuves omniprésentes de notre incurie en matière d’environnement : Entre déchets flottants entre 2 eaux et des centaines d’hectares de sargasses, preuve qu’un équilibre est rompu. Ça ne me met pas le moral au beau. Même plutôt orageux… Je sais que c’est absurde mais constater le manque absolu d’entrain de mon passager pour les tâches qui se présentent sur le bateau, probablement sous couvert d’incompétence, ça me titille l’occiput. Éponger la flotte dans les toilettes, niveau compétence, ça reste abordable. J’ai lancé 2 ou 3 ballons d’essai ces derniers temps pour dire que le bateau, c’est chiant et que si moi, j’ai choisi, mon passager peut parfaitement décider de se barrer en Guadeloupe. Mais je n’ai pas été entendu. Et puis, ce qui est pire, je sais que ça impliquerait un retour en avion, et que ça coûte cher, et que j’ai pas les moyens… Bref, ça m’emmerde déjà. Matthieu, c’est un vrai pote. Mais j’ai un problème relationnel qui va en empirant. Comme l’âge. Ça doit être lié. J’ai plus envie d’être arrangeant.Là, j’ai envie d’être seul.

Vendredi 17 avril 2020

Hier, j’ai pris la décision de tenter une escale à Porto Rico. C’est pas que l’endroit m’attire mais la route pour Pointe-à-Pitre est encore longue et nous n’avons plus grand-chose à manger. On ne risquait pas la mort de faim mais ça commence à être limité et vu mon état d’esprit, il vaut mieux que je pare au plus pressé. Il faut voir le bon coté des choses, l’expérience peut-être enrichissante dans le contexte actuel : Débarquer chez les américains ou assimilés dans une période de fermeture absolue de toutes les frontières, ça risque d’être coton. Je vais leur expliquer notre demi fortune de mer en espérant être entendu. Je dois absolument retrouver ma fraîcheur d’esprit, tout ça n’a pas beaucoup d’importance, et tout se passera bien.
Reste mon problème du moment mais chaque chose en son temps. On discutera de ça à Pointe-à-Pitre.

Dimanche 19 avril : Tenir

L’arrêt à Porto Rico a tenu ses promesses. Arrivée dans une marina déserte, amarrage au ponton carburant et on débarque rapido pour voir si on pourrait pas trouver à se ravitailler pour repartir aussitôt en douce. En fait, on tombe sur un gars avec masque et gants en latex qui nous fait signe de stopper immédiatement. Après de multiples appels téléphoniques, il nous indique le club house de la marina ou nous trouvons une vedette de la police avec 4 policiers à bord. Plutôt conciliants ceux-là. Ils nous disent clairement que c’est la douane qui gère ce genre de problème, car nous sommes un problème, clairement.
À partir de là, s’enchaîne pendant 2h tout un tas de tractations avec de multiples intervenants du plus sensé au plus débile. Clairement, les agents des douanes sont particulièrement gratinés. L’un d’eux répète en boucle que c’est un territoire US et que nous n’avons pas les papiers permettant même d’être là devant lui. Quand je lui parle code maritime international, il se met à trembler, à faire des bulles avec sa salive, tout ça la main sur le gun… Au bout de 2h, je propose que quelqu’un passe dans une épicerie quelconque dans le coin et nous achète pour 20$ de diverses denrées nous permettant de tenir 3-4 jours. 1/4h de discussion est nécessaire pour qu’enfin le policier, un bon gros black au regard doux, soit autorisé à procéder. 10mn plus tard, il revient avec 3 sacs plastiques, pas forcément avec ce que j’aurais acheté mais peu importe. Je le remercie chaleureusement sous le regard haineux du douanier-justicier et nous repartons aussi sec. Porto Rico, ce sous territoire US, j’avais pas envie d’y mettre les pieds au départ, je ne pense pas que ça se reproduise un jour.
Sitôt quittées les côtes portoricaines, nous mettons le cap vers la Guadeloupe. Au bout d’1h, nous croisons un voilier, français, le Maris Stella, qui nous appelle. Il est content de parler à quelqu’un, français en plus. Ça fait 1 mois qu’il a quitté Isla Mujeres, où nous sommes passés avant de descendre au Guatemala. Il va vers St Barth et nous conseille d’en faire autant compte tenu du contexte. Il paraît qu’en Guadeloupe, c’est le bordel. On va peut-être faire ça.
C’est là que les choses prennent une tournure particulière. En fin d’après midi de ce vendredi, nous pêchons un barracuda énorme, enfin le plus gros que j’ai vu jusqu’ici. 1h de travail et nous voilà avec 2 énormes filets. Le soir même, nous en cuisons la moitié d’un pour faire le repas du soir accompagné de riz. Bien assaisonné car le barracuda, ça n’a pas trop de goût. Il ne faudra que 2h pour que le choc allergique, enfin ce que j’identifie comme tel, nous prenne tous les 2. La nuit est horrible et pour ma part, cela dure jusqu’à la nuit suivante. Je n’ai plus de muscles. C’est la 1ère fois qu’une telle chose m’arrive et bien sur, en mer c’est pas le plus confortable. 48h plus tard, je commence à retrouver des forces et je peux commencer à manger quelque-chose. Le bon coté des choses c’est que je pense avoir vraiment perdu les 300gr de gras que j’avais en trop.

leurre
L'outil idéal

Poisson
1ère salve de toxine

barracuda
Le barracuda qui nous a empoisonné

Mardi 21 avril 2020

Dans 3h, nous mouillerons l’ancre à Gustavia sur Saint Barth. C’est pas dommage ! Ça commence à être long avec ce bateau au près sous génois seul dans une mer toujours aussi dégueulasse. L’ambiance à bord… quelle ambiance ? On ne communique plus trop depuis quelques jours. Sans doute les conditions de vie un peu spartiates avec un avitaillement qui commence à se raréfier n’aide pas à la légèreté. Mais enfin, il faudra qu’on aborde le sujet de la suite. Pour ma part, je n’ai pas trop envie de continuer avec un passager à bord, fut-il un très bon pote. Je pense que Matthieu n’y est pour rien, enfin, il est Matthieu c’est tout. Le truc c’est de pouvoir aborder le sujet simplement et sans drame. J’espère que l’on ne va pas nous imposer une quarantaine de 14 jours à Gustavia. De toute façon, il faudra bien qu’on nous autorise à ravitailler parce que là, on n’a pas de quoi tenir 2 semaines. Même pas 4 jours.
En fait, Gustavia nous a gentiment jeté et envoyé à Marigot sur Saint-Martin. Au moins, nous sommes posés, au ponton d’un shipchandler, Ile Marine, qui doit nous faire la clearence demain à partir de 9h. En attendant, on a réussi à passer dans un petit supermarché et ce soir devrait être plus doux…

Jeudi 23 avril

Voilà ! Les idées s’éclaircissent. On est posé depuis 2 jours dans la baie de Marigot à Saint Martin. Matthieu est quelqu’un de précieux. On a abordé et même discuté clairement à propos de mon envie ou mon besoin de me retrouver seul sur le bateau pour la suite. Il sait pourquoi, il comprend les choses. J’en connais peu avec qui j’aurais pu avoir ce genre de réflexion… Bon, il faut quand même qu’on voit s’il existe une possibilité pour lui de rentrer en avion. Depuis Saint Martin c’est mort mais depuis la Guadeloupe c’est peut-être possible.

arrivée
en approche de Saint Barth

Dimanche 26 avril

Matthieu et moi nous refaisons une santé au mouillage à Saint Martin.
Saint Martin, au départ, ça ressemblait pour moi à un de ces paradis fiscaux aux caraïbes avec ses eaux turquoises et ses yachts. En fait, c’est bien différent. C’est français parce qu’on a dit que c’était français mais la culture est clairement anglo-saxonne. D’ailleurs, on parle autant anglais que français ici. L’ouragan Irma de septembre 2017 a laissé des traces profondes et les moyens n’ont pas été trouvés pour reconstruire. Du coup, c’est un décor d’après guerre que l’on voit ici et des dizaines de bateaux détruits qui sont restés là depuis.
Nous avons trouvé 2 choses intéressantes pour nous en ce moment : Un Super U à la française qui nous permet de nous ravitailler gentiment et un pharmacien tout à fait sympathique avec qui nous avons pu parler de ciguatera. Ciguatera, c’est cette toxine présente chez les gros poissons des eaux tropicales qui mangent le petits poissons qui eux-même mangent les coraux mourants. Et ça s’accumule dans l’organisme jusqu’au jour où ça déborde. Nous, le trop plein, c’est le dernier barracuda qu’on a pêché qui nous l’a apporté. C’est bien d’identifier avec certitude ce qu’on a, même si niveau traitement, c’est la misère. Je rejoints donc le club des gens qui ne peuvent pas manger de poisson. Ça peut paraître triste mais c’est pas la peine de se lamenter. C’est comme ça, un souvenir de mon voyage en bateau. En attendant, c’est un peu pénible à supporter mais ça s’arrange avec le temps.
Dans les 2 semaines qui viennent, on va descendre à Pointe-à-Pitre et Matthieu essaiera de prendre un avion. Ensuite, retour au sources pour moi avec une belle transat en solo à venir et peut-être 2-3 détours si le Covid19 m’en laisse la possibilité avant de poser Lullaby dans un endroit douillet pour lui refaire un santé après ce voyage.

mince
J'ai perdu ce que je pouvais perdre...

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