Jeudi 7 novembre 2019 - 17h50

Gaïndé
Gaïndé ça signifie le lion. Emblème du Sénégal qu’on imagine à la tombée du jour approchant le lac rose pour s’abreuver. Bon en fait, j’aurais plutôt choisi le diesel comme emblème du Sénégal qu’on voit s’abreuver sans discontinuer dans l’une des nombreuses stations services, tant il consomme à longueur de journée en transpirant son nuage bleu-gris. Ou à la rigueur le lion Peugeot des taxis à bout de souffle.
Comme disait un ancien humoriste, quand tu vis en Afrique, faut avoir le sens de l’humour ou bien partir à la nage…
Ce matin, je longeais une avenue qui mène de la baie de Hann à Dakar-Plateau et à un moment, j’ai commencé à sourire, puis à rire franchement. Un monde de fou où le diesel est roi s’agitait sous mes yeux. Et comme les mots qu’on répète plusieurs fois et qui finissent par perdre totalement leur sens pour acquérir un pouvoir comique rare, tous ces engins et tous ces humains autour allaient, en avant, en arrière, restaient immobiles moteur à fond, la folie pure. Même sur le bas-coté, dans la poussière, un jeune était là, hébété, en plein soleil, à 30 cm d’un moteur diesel en pleine action, dépourvu de fonction évidente, comme si il se suffisait à lui-même. Parce qu’un moteur, il faut que ça tourne !
Le long des avenues qui mènent plus ou moins au port, les camions occupent tous les espaces disponibles. Mais quand ils sont au repos, ils servent de logis, de cuisine, procurent de l’ombre à l’heure de la sieste ou de la prière. C’est beau comme un dimanche pluvieux sur le parking de Gifi. Et dans ce milieu hautement insalubre, vit un peuple, plutôt bienveillant, qui s’affaire à réparer des objets que j’aurais bien des difficultés à identifier au premier coup d’oeil. Des choses couleur terre rouge, avec parfois des fils qui en sortent et qui finiront peut-être par réintégrer le monde merveilleux de la mécanique en mouvement.
Enfin, je suis arrivé sans m’en rendre compte devant le saint des saints, gardée par un agent en uniforme, l’entrée de Boloré-Logistique. J’ai compris qu’ils n’ont pas fini de bouffer de la poussière et respirer des particules fines à plein poumons.
Heureusement, depuis que je suis ici, j’ai croisé Ibrahim, Diégo, Georgette, Moussa… et leur bienveillance est une évidence. Nous sommes des humains qui respirons le même air viscié et qui prenons le même plaisir à nous découvrir.


Qu'est-ce que je fous là ?



l'hôtel Gaïndé


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