Jeudi 21 mars 2019 - 21h14

Tenerife, Tenerife. Mon désert des Tartares.
Si tant de gens se pressent ici, ce n'est certainement pas pour y rencontrer Dieu ou la Vérité mais plus probablement avec le vague espoir que le surplus de soleil et sa promesse d'une production accrue de vitamine D leur apportera un peu de répit face à la déprime chronique de leur femme grossissante, eux-même ayant déjà depuis longtemps rendu les armes devant leur propre déchéance. Et puis la pinte à 2,50 euros est tout de même un argument à ne pas négliger.
Autant dire qu'on a pas affaire aux interlocuteurs appropriés pour parler du sens de la vie. Et malheureusement, celà déteint sur le comportement des canariens qui pour la plupart vivent du tourisme. Sans avoir une parfaite maîtrise de la langue, il me semble impossible de sortir du schéma serveur-client. D'autant plus d'ailleurs, et ce n'est pas à leur honneur, si l'on est pas Russe ou Allemand mais surtout archi-blindé. Je dis ça mais je comprends parfaitement en même temps. La marche du monde vu à travers le regard d'une ou d'un canarien qui doit sa subsistence à un boulot de larbin dans un de ces endroits, et ils sont nombreux, qui défigurent son archipel et dans lesquels il ne mettra jamais les pieds autrement qu'avec un uniforme lui assurant l'accès aux toilettes qu'il doit nettoyer tous les jours, ça n'incite pas à la convivialité...
Je sais que ce que je dis là a quelques chose d'indécent vu ma situation. Mais pas tant que ça si on regarde bien. Je parle d'un monde économique dans lequel je ne joue certainement pas un rôle prévu dans le générique. Un monde qui n'a que faire de moi comme moi je m'en préocupe comme du stérilet de Brune Poirson (Je ne sais pas pourquoi ce personnage revient souvent dans mes pensées. Le nom peut-être, sans doute même). Les regards, d'où qu'ils viennent, ne me sont ni hostiles, ni bienveillants, ils sont juste le reflet du manque d'intérêt que je représente. ça je veux bien l'entendre. Si je me laissais aller, j'en aurais autant à leur service. Mais en fait non. Mon bien le plus précieux, c'est l'empathie. Si je perds ça, je me perds comme j'ai pu me perdre dans mes rêves impériaux.
Si on veut bien regarder vraiment, on trouve toujours une étincelle d'humanité, même ici. La vielle qui sert les pintes de Dorada à la buvette du port a conservé son âme. Merci à elle. Nina.

tenerife

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