Mercredi 27 mai 2020 - 16h07

Rentrer ?
C’est bientôt le départ pour ma 4ème transat, la 2ème en sens ouest-est. Plus intéressant dans ce sens. L’anticyclone des Açores joue avec les dépressions du nord-atlantique et il faut trouver un chemin en essayant de ne s’échouer sur une bulle anticyclonique, synonyme de vent famélique. J’avais fait ça il y a 4 ans et j’étais resté scotché 3-4 jours.
J’ai fait un avitaillement conséquent, de quoi être détendu sur le chemin. Les choses étant ce qu’elles sont en ce moment, pas certain que je fasse escale aux Açores, même si je passerai par là, c’est sur le chemin.
Rentrer, ça veut dire retrouver ceux qui comptent pour moi. Au-delà de ça, depuis 2 ans que je vis sur le bateau, je n’ai plus trop le sentiment de rentrer quelque part. La seule certitude, c’est que j’ai trouvé un endroit où amarrer le bateau. Ce sera à Arzal. Pas de hasard là-dedans, c’est à coté de chez Tristan. Et je connais l’endroit.
Ensuite, il sera temps de passer à autre chose. Inventer une nouvelle vie au milieu des arbres et retrouver ma forêt qui s’est un peu étoffée durant ce voyage, Roisin, Sabine et GG.
La vie sur Lullaby m’a éloigné de fait du monde de la consommation. Je vis dans un espace de 15m2 et les endroits visités m’ont souvent appris à me satisfaire de peu. J’espère bien conserver cette capacité à vivre comme ça, on est plus heureux ainsi.
Un dernier petit tour à Pointe-à-Pitre aujourd’hui, histoire de dire au-revoir aux Antilles et je lèverai l’ancre. 3500 milles jusqu’à la Bretagne, ça veut dire 30-40 jours, histoire d’arriver dans le golf de Gascogne avec les meilleures conditions, mon terrain de jeu favori.


Fruits

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Lundi 29 avril 2020 - 17h06

Départ de Livingston au Guatemala le 24 mars 2020.

Livingston
Seule possibilité de sortir de Livingston

Livingston
Hector nous fait giter de 30° pour passer

2 avril 2020 Confinement

Hier, nous avons fait une escale rapide à George’s Town sur l’île de Grand Caïman. Le retour vers l’est dans la mer caraïbe n’est pas si simple et nous avons constaté que nos ressources étaient insuffisantes pour atteindre la Guadeloupe. Du coup, comme on était dans le coin, on s’est dit qu’on allait tenter un ravitaillement à George’s Town. Mais, en ces temps de pandémie, plus rien n’est simple en bateau, à part naviguer. En effet, à peine l’ancre posée, un couple de français vient nous accoster en annexe pour nous affranchir. D’abord, il est interdit de mouiller l’ancre ici, rapport à la protection des fonds, déclarés ou non. Ensuite, plus aucun bateau n’est autorisé à faire escale ici. Eux ont eu de la chance, si on peut dire, et ont eu le droit de rester moyennant une quarantaine de 15 jours à bord… Elle se termine aujourd’hui et ils vont mettre pied à terre pour la 1ère fois. Gilles, c’est son nom, me rappelle d’envoyer mon pavillon de quarantaine. Ok mais je ne sais pas ce que c’est. Le jaune me dit-il. Ah oui !? Bah j’en ai pas. Juste la peau de chamois qui sert à nettoyer le pare-brise. On s’en passera.
Eux, c’est pas le genre aventuriers. Ils font tout bien comme on leur dit. Moi aussi d’habitude. 2 enfants virgule 3, un PEL et ma déclaration d’impôts faite le 1er jour. Mais en bateau, c’est différent. Je suis plutôt du genre à faire ce que je veux et qu’on vienne pas me scier les ronds. Donc, point de pavillon jaune. Ils nous proposent gentiment de faire nos courses, parce que, en temps de crise, il faut de la solidarité, il faut s’entraider… J’accepte illico, leur donne une liste et ma carte bleue et les remercie chaleureusement. 2h plus tard, les voilà qui reviennent avec 2 sacs pleins de bonnes choses pour nous. Ils ont dû se faire chier grave ! Re-remerciements et tout… Je leur annonce que je vais contacter les autorités pour voir si des fois, y’aurait pas moyen… En fait, on décide de faire un tour à terre en douce, on verra bien. Tout se passe tranquillement. On en profite pour acheter des bières, du rhum, des clopes et prendre un menu big-daube à emporter au Burger King du coin. Au passage, je constate que George’s Town, c’est de la merde. Les Caïmans, c’est 20000 sièges sociaux d’escrocs, 240 banques non moins pourries et puis c’est tout. Sauf les fonds, encore eux, qui sont paraît-il fantastiques. De retour au bateau, on a un peu honte quand même. Monique et Gilles (enfin surtout Monique) se sont tapés nos courses sans raisons. Y’a beau geste !
Le menu big-caca avaler, et pas vomi mais c’en est fallut de peu, nous larguons les amarres direction Gwada.
Au coucher du soleil, en plein apéro puisqu’on a des bières, on voit arriver une embarcation tout en gyrophares et moteurs monstrueux. Au moins 600 ch au cul ! C’est la police maritime locale. Contrôle d’identité complet et questions diverses : Qu’est-ce qu’on fout là, d’où on vient, où on va. J’explique qu’on voulait faire escale sur leur perle d’île en mer caraïbe mais que comprenant que ce n’était pas possible, on a décidé de poursuivre notre route pour rejoindre la mère patrie, ou du moins son annexe antillaise. Tout ça leur va bien. Du coup ils sont gentils comme tout, du moment qu’on se barre. Ils nous demandent même si on a ce qu’il faut en terme de vivre et d’eau… C’est marrant ça. Je leur répond que tout va bien, merci, vive la reine et bon corona.
Fin de l’escale aux île Caïman. Prochain arrêt, Pointe-à-Pitre. On verra bien comment on est reçu.
Le prochain arrêt, c’est finalement la Jamaïque. Nous n’avons pas vraiment assez d’eau pour rejoindre la Guadeloupe ou du moins, ça risque d’être inconfortable. Nous avons donc décidé de tenter notre chance à Montego Bay.
Niveau autorités, c’est calme à Montego Bay. En fait, l’endroit semble touché par un mal mystérieux et les rues sont vides. Nous mouillons l’ancre au Pier One près du Montego Bay Marine Park. Il y a là 2 ou 3 gars qui sont juste un peu surpris de nous voir. On leur explique qu’on a juste besoin d’eau et qu’on fout le camp direct, il nous répond qu’on peut se servir ici moyennant une « petite contribution », virus ou pas virus, y’a des invariants dans la nature humaine. Pour 20$ US donc, nous obtenons le droit de faire 1000 aller-retour avec une annexe qui menace de sombrer pour remplir les réservoirs de Lullaby. Une fois la tache accomplie, je demande à un gentil membre du club portant masque et gants de latex où je peux trouver un distributeur de cash. Il me propose de nous emmener avec sa voiture, c’est gentil ça. Nous montons à bord de sa voiture qu’il prendra soin de désinfecter juste après, surtout depuis qu’il sait que nous sommes français. Je lui précise quand même que j’ai quitté la mère patrie en septembre dernier et que nous naviguons depuis 3 semaines sans escales… Nous empruntons le boulevard Jimmy Cliff ! Distributeur puis supérette pour acheter quelques bières. Le vendeur nous demande immédiatement de passer au lavage des mains avant de continuer. 24 bières et 2 paquets de Craven-A : 75 US$ ! Il se fait pas chier Bob Marley ! Il a bien vu qu’on était de passage et puis de toute façon, c’est à prendre ou à laisser. Je paye donc et je l’arrête dans son entreprise de nettoyage des cannettes une par une au désinfectant. Ça va bien la parano et puis au rythme où il va le fumeur de joints, on est encore là demain. On rejoint notre chauffeur qui nous ramène au ponton. Mais avant de se quitter, il me demande combien je pense lui donner pour la course. Il me reste un billet de 20 US$ et 700 $ jamaïcains. Je lui propose les 700 JM$ mais c’est comme si je lui proposais une menthol pour rouler son joint. À contre-coeur je lui propose mon dernier billet de 20 US$ et là, miracle, Dieu lui a chatouillé les pieds ou bien il s’est souvenu de mes 20 US$ pour 200l d’eau, il refuse finalement disant qu’il ne veut pas me dépouiller complètement. Merci Bob ! Finalement, nous rejoignons le bateau pendant que résonnent les balances d’un concert à venir, du reggae, du vrai, en Jamaïque, c’est beau.

réparation
1ère alerte sur le génois : 3h de travail

jamaique
Arrivée au petit jour en Jamaïque

9 avril 2020 on est dans le dur.

Ça fait déjà 16 jours que nous avons quitté le Guatemala et on est pas arrivés. Dans ce sens là, la mer Caraïbe c’est pas une partie de plaisir. Ça pourrait être pire avec une mer mal foutue et du vent contraire un peu trop fort. Là c’est juste long ! On avance pas très vite faute de vent et bien sur, c’est du près à s’en scier une guibolle pour être un peu à l’horizontal. On en a encore pour une bonne semaine avant d’arriver à Pointe-à-Pitre. Niveau relationnel, on a compris que l’heure est à l’isolement et finalement, Matthieu est peut-être la personne la mieux placée pour comprendre ça. Ça tombe bien. N’empêche ! En ce moment, je devrais être en solo. Je me connais un peu. Il me faut faire quelques efforts de concentration pour ne pas tomber dans le piège de l’arbitraire et de l’injuste. Du coup, la solution c’est plus trop de relations. Ça peut paraître bizarre mais c’est comme ça.
Aujourd’hui on est vendredi 10 avril. Jour anniversaire de mon père. Parfois je me demande pourquoi je suis si dur avec lui, dans mes pensées. C’est quelque chose que je ne maîtrise pas. J’ai depuis longtemps comme un arrière goût d’escroquerie. Comme si je soupçonnais la tromperie sans pouvoir mettre des faits en rapport. En tous cas, il a 88 ans aujourd’hui. Et moi, je suis en plein milieu de la mer caraïbe avec juste ce qu’il faut pas assez de vent pour la mer qu’il y a. ça veut dire que je fais un cap dégueulasse d’un coté comme de l’autre. C’est pas grave et j’ai juste à en prendre mon parti. On sera content d’arriver à Pointe-à-Pitre quand même.

Mardi 14 avril 2020

Bon là, ça commence à être un peu pénible. D’autant plus pénible que je ne suis pas tout seul. C’est vrai que je ne laisse à personne les décisions de navigations mais en plus, j’ai même plus envie de les expliquer. De toutes façon, y’a pas non plus de revendications... Depuis 3 jours, nous naviguons sous génois seul. La grand-voile est déchirée sur le bord de fuite au-dessus du 3ème ris. Il faudra faire réparer ça à Pointe-à-Pitre. Du coup, en plus du vent qui s’obstine à être le plus défavorable possible et de la mer qui fait tout ce qu’elle peut pour ralentir le bateau, je fais un cap vraiment immonde et la vitesse de rapprochement au but est famélique. Ajouter à ça les preuves omniprésentes de notre incurie en matière d’environnement : Entre déchets flottants entre 2 eaux et des centaines d’hectares de sargasses, preuve qu’un équilibre est rompu. Ça ne me met pas le moral au beau. Même plutôt orageux… Je sais que c’est absurde mais constater le manque absolu d’entrain de mon passager pour les tâches qui se présentent sur le bateau, probablement sous couvert d’incompétence, ça me titille l’occiput. Éponger la flotte dans les toilettes, niveau compétence, ça reste abordable. J’ai lancé 2 ou 3 ballons d’essai ces derniers temps pour dire que le bateau, c’est chiant et que si moi, j’ai choisi, mon passager peut parfaitement décider de se barrer en Guadeloupe. Mais je n’ai pas été entendu. Et puis, ce qui est pire, je sais que ça impliquerait un retour en avion, et que ça coûte cher, et que j’ai pas les moyens… Bref, ça m’emmerde déjà. Matthieu, c’est un vrai pote. Mais j’ai un problème relationnel qui va en empirant. Comme l’âge. Ça doit être lié. J’ai plus envie d’être arrangeant.Là, j’ai envie d’être seul.

Vendredi 17 avril 2020

Hier, j’ai pris la décision de tenter une escale à Porto Rico. C’est pas que l’endroit m’attire mais la route pour Pointe-à-Pitre est encore longue et nous n’avons plus grand-chose à manger. On ne risquait pas la mort de faim mais ça commence à être limité et vu mon état d’esprit, il vaut mieux que je pare au plus pressé. Il faut voir le bon coté des choses, l’expérience peut-être enrichissante dans le contexte actuel : Débarquer chez les américains ou assimilés dans une période de fermeture absolue de toutes les frontières, ça risque d’être coton. Je vais leur expliquer notre demi fortune de mer en espérant être entendu. Je dois absolument retrouver ma fraîcheur d’esprit, tout ça n’a pas beaucoup d’importance, et tout se passera bien.
Reste mon problème du moment mais chaque chose en son temps. On discutera de ça à Pointe-à-Pitre.

Dimanche 19 avril : Tenir

L’arrêt à Porto Rico a tenu ses promesses. Arrivée dans une marina déserte, amarrage au ponton carburant et on débarque rapido pour voir si on pourrait pas trouver à se ravitailler pour repartir aussitôt en douce. En fait, on tombe sur un gars avec masque et gants en latex qui nous fait signe de stopper immédiatement. Après de multiples appels téléphoniques, il nous indique le club house de la marina ou nous trouvons une vedette de la police avec 4 policiers à bord. Plutôt conciliants ceux-là. Ils nous disent clairement que c’est la douane qui gère ce genre de problème, car nous sommes un problème, clairement.
À partir de là, s’enchaîne pendant 2h tout un tas de tractations avec de multiples intervenants du plus sensé au plus débile. Clairement, les agents des douanes sont particulièrement gratinés. L’un d’eux répète en boucle que c’est un territoire US et que nous n’avons pas les papiers permettant même d’être là devant lui. Quand je lui parle code maritime international, il se met à trembler, à faire des bulles avec sa salive, tout ça la main sur le gun… Au bout de 2h, je propose que quelqu’un passe dans une épicerie quelconque dans le coin et nous achète pour 20$ de diverses denrées nous permettant de tenir 3-4 jours. 1/4h de discussion est nécessaire pour qu’enfin le policier, un bon gros black au regard doux, soit autorisé à procéder. 10mn plus tard, il revient avec 3 sacs plastiques, pas forcément avec ce que j’aurais acheté mais peu importe. Je le remercie chaleureusement sous le regard haineux du douanier-justicier et nous repartons aussi sec. Porto Rico, ce sous territoire US, j’avais pas envie d’y mettre les pieds au départ, je ne pense pas que ça se reproduise un jour.
Sitôt quittées les côtes portoricaines, nous mettons le cap vers la Guadeloupe. Au bout d’1h, nous croisons un voilier, français, le Maris Stella, qui nous appelle. Il est content de parler à quelqu’un, français en plus. Ça fait 1 mois qu’il a quitté Isla Mujeres, où nous sommes passés avant de descendre au Guatemala. Il va vers St Barth et nous conseille d’en faire autant compte tenu du contexte. Il paraît qu’en Guadeloupe, c’est le bordel. On va peut-être faire ça.
C’est là que les choses prennent une tournure particulière. En fin d’après midi de ce vendredi, nous pêchons un barracuda énorme, enfin le plus gros que j’ai vu jusqu’ici. 1h de travail et nous voilà avec 2 énormes filets. Le soir même, nous en cuisons la moitié d’un pour faire le repas du soir accompagné de riz. Bien assaisonné car le barracuda, ça n’a pas trop de goût. Il ne faudra que 2h pour que le choc allergique, enfin ce que j’identifie comme tel, nous prenne tous les 2. La nuit est horrible et pour ma part, cela dure jusqu’à la nuit suivante. Je n’ai plus de muscles. C’est la 1ère fois qu’une telle chose m’arrive et bien sur, en mer c’est pas le plus confortable. 48h plus tard, je commence à retrouver des forces et je peux commencer à manger quelque-chose. Le bon coté des choses c’est que je pense avoir vraiment perdu les 300gr de gras que j’avais en trop.

leurre
L'outil idéal

Poisson
1ère salve de toxine

barracuda
Le barracuda qui nous a empoisonné

Mardi 21 avril 2020

Dans 3h, nous mouillerons l’ancre à Gustavia sur Saint Barth. C’est pas dommage ! Ça commence à être long avec ce bateau au près sous génois seul dans une mer toujours aussi dégueulasse. L’ambiance à bord… quelle ambiance ? On ne communique plus trop depuis quelques jours. Sans doute les conditions de vie un peu spartiates avec un avitaillement qui commence à se raréfier n’aide pas à la légèreté. Mais enfin, il faudra qu’on aborde le sujet de la suite. Pour ma part, je n’ai pas trop envie de continuer avec un passager à bord, fut-il un très bon pote. Je pense que Matthieu n’y est pour rien, enfin, il est Matthieu c’est tout. Le truc c’est de pouvoir aborder le sujet simplement et sans drame. J’espère que l’on ne va pas nous imposer une quarantaine de 14 jours à Gustavia. De toute façon, il faudra bien qu’on nous autorise à ravitailler parce que là, on n’a pas de quoi tenir 2 semaines. Même pas 4 jours.
En fait, Gustavia nous a gentiment jeté et envoyé à Marigot sur Saint-Martin. Au moins, nous sommes posés, au ponton d’un shipchandler, Ile Marine, qui doit nous faire la clearence demain à partir de 9h. En attendant, on a réussi à passer dans un petit supermarché et ce soir devrait être plus doux…

Jeudi 23 avril

Voilà ! Les idées s’éclaircissent. On est posé depuis 2 jours dans la baie de Marigot à Saint Martin. Matthieu est quelqu’un de précieux. On a abordé et même discuté clairement à propos de mon envie ou mon besoin de me retrouver seul sur le bateau pour la suite. Il sait pourquoi, il comprend les choses. J’en connais peu avec qui j’aurais pu avoir ce genre de réflexion… Bon, il faut quand même qu’on voit s’il existe une possibilité pour lui de rentrer en avion. Depuis Saint Martin c’est mort mais depuis la Guadeloupe c’est peut-être possible.

arrivée
en approche de Saint Barth

Dimanche 26 avril

Matthieu et moi nous refaisons une santé au mouillage à Saint Martin.
Saint Martin, au départ, ça ressemblait pour moi à un de ces paradis fiscaux aux caraïbes avec ses eaux turquoises et ses yachts. En fait, c’est bien différent. C’est français parce qu’on a dit que c’était français mais la culture est clairement anglo-saxonne. D’ailleurs, on parle autant anglais que français ici. L’ouragan Irma de septembre 2017 a laissé des traces profondes et les moyens n’ont pas été trouvés pour reconstruire. Du coup, c’est un décor d’après guerre que l’on voit ici et des dizaines de bateaux détruits qui sont restés là depuis.
Nous avons trouvé 2 choses intéressantes pour nous en ce moment : Un Super U à la française qui nous permet de nous ravitailler gentiment et un pharmacien tout à fait sympathique avec qui nous avons pu parler de ciguatera. Ciguatera, c’est cette toxine présente chez les gros poissons des eaux tropicales qui mangent le petits poissons qui eux-même mangent les coraux mourants. Et ça s’accumule dans l’organisme jusqu’au jour où ça déborde. Nous, le trop plein, c’est le dernier barracuda qu’on a pêché qui nous l’a apporté. C’est bien d’identifier avec certitude ce qu’on a, même si niveau traitement, c’est la misère. Je rejoints donc le club des gens qui ne peuvent pas manger de poisson. Ça peut paraître triste mais c’est pas la peine de se lamenter. C’est comme ça, un souvenir de mon voyage en bateau. En attendant, c’est un peu pénible à supporter mais ça s’arrange avec le temps.
Dans les 2 semaines qui viennent, on va descendre à Pointe-à-Pitre et Matthieu essaiera de prendre un avion. Ensuite, retour au sources pour moi avec une belle transat en solo à venir et peut-être 2-3 détours si le Covid19 m’en laisse la possibilité avant de poser Lullaby dans un endroit douillet pour lui refaire un santé après ce voyage.

mince
J'ai perdu ce que je pouvais perdre...

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Mardi 24 mars 2020 - 04h53

Le jour d’après
Ce voyage me plait bien. Rien n’est écrit d’avance, c’est la liberté totale. J’ai rencontré Sarah et son frère Lucas à Salinas en République Dominicaine. Son frère était de passage sur son bateau, un superbe 38 pieds en bois qu’elle avait acheté pour 2000€ et qu’elle a passé 3 ans et demi à retaper et aménager, un travail magnifique. Elle nous a raconté comment, étant en voyage genre backpaker, elle avait trouvé ce voilier au Guatemala, à Livingston exactement sur la mer caraïbe. Cette allemande trentenaire est du genre solide, une vrai navigatrice en solitaire, et jolie en plus. Notre escale clandestine au Mexique, à Isla Mujeres près de Cancun, nous a convaincu que le Mexique n’était pas l’endroit idéal à visiter en bateau. Peu d’endroit où se poser et pour laisser le bateau. On a quand même pu découvrir Isla Mujeres et ses centaines d’américains en vacances. La première chose qui frappe venant de Cuba, distant de seulement 200 km, c’est l’abondance. Un cubain qui débarquerait ici ferait un arrêt cardiaque illico. La moindre échoppe sur le bord de la route propose plus de fruits et de légumes que le marché municipal de Santiago de Cuba. On mange très bien, mais trop. D’ailleurs les mexicains ont physiquement plus de points communs avec leurs visiteurs américains qu’avec un coureur de fond kenyan. Les chaises ont intérêt à être solides…
Et donc, après 2 jours de réflexion, sachant que Roisin n’est pas pressée de quitter le bateau et qu’elle a beaucoup aimé le Guatemala, le souvenir du récit de Sarah nous a décidé à aller faire un tour à Livingston et à remonter le Rio Dulce pour se poser là.
Il y a juste 2 petites incertitudes quand à notre destination : Pourrons-nous passer l’entrée du Rio Dulce et ses 1.80m de fond à marée basse (pour mes 1.98 de tirant d’eau, c’est court), aurons-nous le droit de simplement nous y arrêter sachant qu’une info envoyée à Roisin fait état d’une interdiction d’entrée sur le territoire du Guatemala pour les ressortissants européen du fait de la pandémie actuelle ? Pour le 1er point, ça va se jouer sur le timing. Sarah m’a affirmé que ça devait passer à marée haute et sans s’écarter du chemin (…) et je le pense aussi au vu des cartes, pour le second, on peut espérer que notre passeport prouvant notre présence en mer caraïbe depuis près de 3 mois, on soit autorisé à entrer.
En attendant d’avoir les réponses dès dimanche, nous allons longer les côtes de Bélize et ses lagons dont Fred m’avait parlé. Si on a le temps, on s’y arrêtera, sinon ce sera au retour.
Samedi matin, petit déjeuner, j’ai fait des crêpes ou des pancakes, enfin quelque chose de ressemblant. Les conditions sont parfaites depuis le départ du Mexique et nous avons le temps de faire une pause dans les cays de Belize. Nous arrêtons notre choix sur Lauging Birds Cay, petit îlot dans le lagon avec des palmiers et du sable blanc. Le mouillage à peine posé, je plonge pour le vérifier quand arrive 2 agents Béliziens qui m’expliquent que c’est comme pour le stationnement en ville, c’est soit gênant, soit payant. Je n’ai pas mon portefeuille sur moi et encore moins des US$ (10 par personne pour s’arrêter dans cette réserve naturelle) et nous sommes donc contraints de quitter aussitôt ce mouillage pour aller chercher notre bonheur ailleurs. On va essayer East Snake Cay, plus au sud, ce qui nous rapproche de Livingston.
3 jours plus tard, nous sommes au mouillage dans le Rio Dulce, près de El Higuerito. L’ambiance générale a pas mal changé. Le passage de la barre en arrivant s’est fait dans la douleur avec l’échouage, l’abordage d’un bateau canadien qui est venu pleine balle sur moi en espérant passer sur l’élan et qui a juste réussi à taper mon tribord, faire un trou dans la coque, arracher mon feux de navigation tribord et se planter dans le sable. Hector, un local habitué au savoir-faire occidental, nous a sorti de là en tirant le mat sur le coté avec la drisse de spi et le canadien ne semble pas pressé de réparer ses conneries…
Une fois à Livingston, on a vite compris que le monde vivait une période particulière. Roisin et son passeport irlandais obtient son visa d’entrée mais nous avec notre passeport de la macronie, whalou!En même temps, à force d’arrogance internationale et de désastre national, fallait pas s’attendre à un traitement de faveur. En fait, les autorités du Guatemala, comme partout ailleurs, naviguent à vue. Plutôt mieux qu’en France où un président peut recommander d’aller au théâtre pour montrer au virus qu’on a pas peur (mais non on t’a dit ça c’est le discours pour les terroristes musulmans…) pour décréter le couvre-feu 3 jours plus tard. Nous voilà donc dans une situation imprécise mais pas inconfortable. Ici, c’est pas loin du paradis, c’est chaud et humide comme dans… comme dans un paradis chaud et humide. La nature est partout, dans l’air avec des centaines d’oiseaux qui ont le bon goût de chanter merveilleusement, dans la forêt où il ne reste probablement pas la place de planter un radis tellement c’est dense, dans l’eau où on voit passer près du bateau 3 lamantins ! Nous avons poser le mouillage à Cayo Quemado ou Texan bay, probablement nommé ainsi par Mike, un texan véritable d’une soixantaine d’années qui tient un bar-restaurant dans la baie. Avec lui, j’ai revu mon taux de compréhension de l’anglais à la baisse. C’est incroyable, on croirait une caricature de l’américain, mais le bon coté du coup. Même Roisin dont c’est la langue maternelle ne comprend pas toujours ce qu’il dit ! C’est vraiment confort pour nous, il a des bières, un texan burger qu’il fallait bien essayer et un accès internet potable. Hier soir, on a fêter gentiment la Saint Patrick en ayant une pensée pour les irlandais qui n’ont peut-être pas pu fêter ça au pub.
Hier, c’était l’ultime prise de conscience de notre situation. Roisin est allé en bateau à Rio Dulce, le village, pour tenter de rejoindre la capitale en bus puis de là le Mexique. Elle est revenue 4h plus tard, plus de bus dans le pays, les commerces commencent à fermer, on y est. Notre situation est donc celle-ci : Nous sommes dans un endroit idyllique, avec des ressources limitées (en eau et gaz notamment) et Roisin aura probablement du mal à rejoindre le Mexique dans l’immédiat.
24h plus tard, changement de décor. Hier nous avons décidé d’aller faire un tour en bateau, rien ne nous en empêche, et de remonter le fleuve jusqu’à Rio Dulce. En fait, en arrivant là, on se rend compte que c’est l’abri anticyclonique ultime et des centaines de bateaux sont amarrés dans le coin. On trouve aussi une marina parfaitement équipée qui nous permet de faire le plein de gasoil, d’eau potable gratuite et de gaz. Je pense à Mike qui voulait nous vendre de l’eau hier, sachant qu’il connaît cet endroit et s’est bien gardé de nous en parler. Il a pas oublier d’où il venait l’américain… Cette journée se termine en beauté avec un repas de crabes du lac acheté sur place et de tortilla. L’urgence n’est donc plus de mise pour nous et nous allons profiter de notre exil clandestin pour remonter encore le Rio Dulce qui se prolonge par le lac Izabal sur près de 50km pour 18 de large. Nous savons maintenant que quand nous déciderons de quitter le pays, le ravitaillement sera facile.
Samedi matin. La nuit comme toutes les nuits ici s’est achevée par une pluie intense et le soleil qui arrive nous promet une journée comme toutes les journée ici, chaude et venteuse l’après-midi. Nous allons sans doute poursuivre notre découverte du lac Izabal et emmener Lullaby le plus loin dans les terres qu’il n’a jamais connu, du moins avec moi. Le fond du lac, où nous allons mouiller ce soir, est à 80 km à vol d’oiseau de la mer Caraïbe ! Hier j’ai réparé les conneries de Lorenzo, le propriétaire du bateau canadien qui m’a abordé. On a fini par obtenir ses coordonnées dans la marina de Rio Dulce où il a laissé son bateau. Il est parti en voiture pour rejoindre son pays, le Mexique mais a répondu rapidement à mon message sans discuter les faits. Il semble qu’il éprouve le besoin de raconter l’histoire autrement à ses amis mais s’il assume ses conneries finalement, je ne m’en formaliserai pas. Chacun ses tares…
Tout doucement, on se rapproche du moment où je vais entamer le chemin du retour. Ce voyage en solitaire n’en est pas un en fait, et ça me manque un peu par moment. Mais comparé au bonheur que ça m’a procuré, je n’ai aucun regret. Découvrir Matthieu en mode presque joie de vivre, c’est intéressant aussi. Je me demande comment se passeront les choses d’ici 2-3 mois en France et dans le monde. J’ai l’impression que la coïncidence avec mon périple en atlantique occultera pas mal les conséquences de la crise sanitaire actuelle et je me rends compte que seul mes proches vivant en métropole connaissent une situation vraiment particulière. Je mesure mieux combien la vie de marin est unique. Il y a les vivants, les morts, et ceux qui partent en mer…
Demain matin, c’est le départ. Reste le stress de passer la barre de Livingston mais avec l’aide de Hector qui va prendre la drisse de spi à son bord pour nous mettre à 45° de gite, ça va passer. Il est temps de partir. Nous avons tout ce qu’il faut à bord et la rencontre avec la police locale aujourd’hui nous a convaincu que nous n’étions plus les bienvenus ici. En fait, c’est pas vraiment exact. 10 mn auparavant, nous déjeunions chez une femme qui n’a pas vraiment la peur au ventre et qui, bravant les interdits, nous a gentiment accepté dans son petit restaurant. Nous avons pu échanger quelques bribes de conversation mais surtout notre vision commune de la vie en temps de couvre-feux. Cette femme nous a montré le meilleur de l’humain et c’était un vrai bonheur. Je m’inquiète un peu pour Roisin que nous avons laissée à Rio Dulce. C’était sa volonté et elle est taillée pour se débrouiller mais quand même. Certains, par peur, sont devenus suspicieux et la vue d’un étranger dans leur village ne les rend pas très bienveillants. Je prendrai des nouvelles demain matin sur mon forfait data hors de prix avant de partir. En route donc vers la Guadeloupe, ou la Dominique, où Sarah s’est posée. Histoire de revoir une fois encore Portsmouth, Kish, Titus et peut-être Sarah. Probablement plus agréable que Pointe-à-Pitre et son état d’urgence sanitaire.


Sur le Rio Dulce


Sur le Rio Dulce


Densité


Savoir faire

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Lundi 11 mars 2020 - 05h38

Adieu Cuba.
Ce soir nous quittons l’île de Cayo Blanco de Casilda pour rejoindre le Mexique. 3 semaines à Cuba, c’était bien. On repart avec plus de questions qu’en arrivant. Les certitudes d’avant se sont transformées en besoin de comprendre comment les choses se passent ici. Ces 2 monnaies dont l’une va probablement disparaître rapidement, sans doute sous la pression du FMI, créent un mode de vie tout à fait particulier. Les journaux locaux décrivent à longueur d’article comment l’embargo est à l’origine de toutes les difficultés d’approvisionnement. C’est probablement un peu vrai mais il y a autre chose. l’impossibilité durant des décennies de recueillir le fruit de son travail à titre personnel a tué toutes envie d’investissement personnel. L’état qui s’occupe de tout est rendu responsable de tous les problèmes mais on attend toujours qu’il apporte les solutions. Ensuite, il y a une diversité de situations assez incroyable. Entre un travailleur de Pilon et un membre de la jeunesse dorée de Cienfuegos, c’est pas seulement une différence économique énorme mais un monde tellement différent que j’imagine qu’aucun des 2 ne peut s’imaginer la situation de l’autre.
J’ai adoré venir à Cuba. J’y ai trouvé de quoi toucher mon romantisme en voyant ce rêve d’une autre époque qui s’inscrit un peu partout sur les murs des villes. « Patria o muerte », ça me touche définitivement.


ça change de méluche

On est samedi matin 7 mars. On file droit sur Cancun avec des conditions énergiques qui vont se renforcer la nuit prochaine. Du coup, on devrait arriver au Mexique dans la journée de lundi. Hier, j’ai envoyé un sms à Tristan pour son anniversaire, j’espère qu’il l’a reçu. Je sais que s’il avait été avec moi à Cuba, on aurait décuplé notre plaisir de voir la vie anachronique se dérouler à Cuba. Pour un peu, on aurait appris l’hymne national « ...morir por la patria, es vivir... ». Julien lui nous encouragerait en sirotant un mojito tout en se demandant comment j'ai fait jusqu'ici pour m'en sortir en étant aussi naïf. c'est ça aussi que j'aime chez mes garçons.
Hier, pour notre dernière journée sur le sol cubain, on a rencontré des touristes français, nordistes plus exactement, venus passer la journée sur l’île sur catamaran-charter. Passée notre suspiscion habituelle liée à leur qualité de touristes, français qui plus est, on s’est très vite rendu compte que ces 2 gars étaient vraiment cool. L’un d’eux travaille dans le développement web et est resté une heure à notre table. La 1ère chose qu’il nous apprend, c’est que chez lui, dans le nord, il pleut depuis mille ans. Ensuite, il nous renseigne sur l’état du monde et de la France concernant la pandémie de coronavirus. A 2 doigts de nous foutre les jetons le gars. Effectivement, ça a l’air sérieux le truc. Aussi sérieux qu’une élection américaine ou une réforme des retraites. Dans quelques temps, on découvrira que c’est à Davos que s’est décidé la création du virus par croisement des gènes de Boris et de Donald. De quoi foutre les jetons effectivement.


Petit tour en haut de mon bateau


Cayo Blanco

La fin du voyage aller se précise. J’ai dis que le retour serait l’occasion de passer en Irlande. Plus de limite à mes ambitions nautiques depuis que j’ai accepté de dormir sur une couchette trempée et de marcher sur les murs. Un jour, je travaillerai sur la terre ferme et le confort me paraîtra irréel. Si ça se trouve, Roisin ne sera pas retenue au Mexique et décidera de faire le retour avec nous. Elle en parle. Je me rend compte que c’est déjà la personne qui a passé le plus de temps sur le bateau, à part moi. Des points communs, on en a, c’est sur. On arrive même à supporter les moments d’agacement profond qui arrive de temps en temps. La rancune ne fait pas partie de notre monde, ni à elle, ni à moi. Du coup, elle me montre souvent des aspects de ce que je suis qui sont sans doute perfectionables…


Notre ami le chien cubain

On est dimanche soir et il reste 100 milles à parcourir avant d'arriver à Isla Mujeres, près de Cancun. 280 milles en 48h, ça avance. Pour le confort, c'est autre chose. Le vent, souvent au-delà de 30 noeuds et la mer, souvent au-delà de 4m, font danser Lullaby plus que de raison par moment. Mais malgré quelques embardées sévères, dans l'ensemble ça se passe bien. On sera au Mexique probablement demain matin.


Fin de voyage aller

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Mardi 3 mars 2020 - 15h56

Patria o muerte


1 peso cubano

Cuba. 5 jours que nous sommes à Cuba et je sais que cette étape me sera bien utile. Comme un apprentissage de l’humilité et de la maitrise de soi. En même temps que je découvre ce pays dont on dit tant de choses, pas toutes vraies loin s’en faut, se dessine dans mon esprit une sorte d’avenir probable qui pourrait peut-être s’avérer possible. Ce que je clame depuis tant de temps comme une évidence commence à se présenter concrètement pour moi. On finit toujours par être seul.
Cette manière de ressentir les choses peut-être plus fortement que les autres m’a toujours donné un pouvoir de bousculer les consciences de ceux qui m’entourent. Rôle flatteur certe mais qui reste un rôle. Et tôt ou tard, la vérité me rattrape. La vérité, cette putain qui se laisse si souvent baiser, j’en sais quelque-chose, voit finalement son heure arriver. Et alors, il faut payer la note. J’aurais dû me méfier et ne pas vivre à crédit dans ce domaine.


Santiago de Cuba

Ici à Cuba, j’apprends que les choses ne se passent pas comme le racontent certains. Des gens vivent ici comme partout ailleurs et sont plutôt contents de nous voir accoster chez eux. Bien sur, le formalisme administratif est présent mais rien à voir avec cet abyme de tracasseries et interdictions que j’imaginais avant de venir. l’absurde aussi a trouvé une place de choix et la situation économique disons compliquée agit comme un révélateur dans ce domaine.
En 1ère ligne, on trouve évidemment l’utilisation de 2 monnaies, le peso convertible, à peu près 1 dollar US, et le peso cubain équivalent à 1/25 convertibles. Mais leur utilisation n’est pas dissociée. Les cubains sont payés en peso cubains semble-t-il mais on peut changer pour des convertibles sans difficultés. En tous cas, les visites à la banque occupent pas mal de monde le matin et même tout au long de la journée. Ensuite, on peut parler de l’accès internet du genre compliqué, de l’approvisionnement des supermarchés du genre psychotique mais aussi du reggaeton poussé à son niveau le plus débile et des références américaines dans les styles vestimentaires assez surprenantes. Enfin, le système D est omniprésent et commence par un marché noir très actif. Une part non négligeable de la production de rhum ou de cigares sort des usines de façon clandestine pour être vendue au touristes. Mais finalement, ce qui m’étonne, c’est qu’on peut découvrir tout ça sans efforts. C’est la vie telle qu’elle se déroule ici.


La marina de Punta Gorda à Santiago


Pedro-Expert en marché noir


Sur les murs du marché à Santiago


Fidel

Après 5 jours à Santiago de Cuba, nous avons fait les choses comme il faut et obtenu sans difficultés particulières le permis de navigation qui nous permet de jeter l’ancre ou bon nous semble. Aujourd’hui, c’est à Pilon que nous sommes arrivés. Petite bourgade agricole à 80 milles à l’ouest de Santiago. Ici, c’est bien différent et très intéressant. En particulier cette manifestation artistique sur la jetée en cette fin de journée où, en attendant les artistes prévus qui ne viendront jamais, chacun est invité à s’exprimer musicalement sur la petite scène en plein vent. Ça commence par une chanson qui raconte en gros : « Cuba libre, si ! Imperialismo no ! ». on voyage… Du coup, sur le pont du bateau depuis le mouillage, ça me rend nostalgique de ce que je n’ai jamais connu et, le rhum aidant, je me lance dans un pamphlet à la gloire de l’altruisme de Mathieu Ricard et contre l’égoïsme en général et celui de mon équipage en particulier. Pure divagation romantique issue de mon incapacité à admettre l’évidence. Si ce voyage m’apprend quelque chose, c’est bien que je dois me méfier de moi-même. Après avoir combatu le nihilisme, c’est le romantisme qu’il me faut maitriser. ça commence à faire beaucoup. Un jour, j’accepterai peut-être cette solitude qui me tend les bras. Et peut-être que je vivrai en paix.
Ce matin, je constate avec effroi que la bouteille de rhum entamée hier soir, Matusalem de Santiago, est proche du décès. Je comprends mieux mes divagations nocturnes. Il me reste quand même une vague impression que je pourrais redémarrer assez vite sur le sujet de l’égoïsme.
2 jours à Pilon, ça semble suffisant. On commence à mieux comprendre ce qu’il se passe ici. Pas grand-chose en fait. Mais on a bien intégré la règle N°1 qui s’applique à Cuba : Si tu trouves quelque-chose, prends le, après il n’y en aura plus. Demain, nous quitterons Pilon pour rejoindre Niquero, à 60 milles d’ici. Une petite ville où parait-il on peu manger du poisson. Mais ça c’est pas certain, on est à Cuba.


Un paysan rencontré près de Pilon nous offre un rafraichissement

Le voyage promet d’être long. La suite, ce sera le Mexique, on ne sait pas encore ou exactement. Peut-être Cancun qui n’a pas grand-chose d’attrayant avec ses nuées de touristes américains mais qui permettrait à Nico de nous rejoindre. Ça va pas être simple cette affaire, cette région se prête mal à la visite de mon ami pour des vacances. Les Antilles, cela aurait été plus simple mais c’est comme ça. On verra bien. En tout cas, ça sera l’ultime étape aller de ce voyage et probablement le moment pour Roisin de partir. Ça fait presque 3 mois que nous navigons ensemble et le manque sera évident. Je penserai à elle quand je retournerai en Irlande.
Le retour, je commence à y penser. Ce qui est bien, c’est que j’ai mis la barre bien haute, mais pas trop. Mexique-Bretagne, y’a moyen de voir du pays. Et niveau navigation, ce sera l’occasion de savoir si le bateau ça me plait. Remonter au vent jusqu’au Antilles déjà, c’est s’habituer à marcher sur les murs pour au moins 1 mois. La vie penchée mais la vie quand même.
L’étape de Niquero fût courte et intense. Dès notre arrivée, je comprends que personne ne fait étape ici. Le mouillage est assez délicat à trouver dans 2.5m d’eau. Nous sommes attendus par les autorités dès qu’on a mis pied à terre et je dois retourner au bateau avec 2 hommes, un jeune en tenue militaire et le responsable du moment, en salopette de jardinier. C’est lui qui décide de la suite. Il jette un rapide coup d’oeil à l’intérieur puis tout sourire me demande si on pourrait fêter notre arrivée avec un petit verre… Je me rends compte du coup qu’il ne m’a pas attendu pour participer à l’effort national à grand coup de rhum. Je sors la fin d’une bouteille de Matusalem qu’il vide entièrement dans un verre sale qu’il a pris dans l’évier et se le boit sans précipitation mais avec déterminination. Le partage c’est pas son truc. Voilà pour les formalités.
Nous parcourons la petite ville en ce dimanche soir, c’est animé, un peu. Sur un place, nous trouvons un petit kiosque où sont regroupés une dizaine d’hommes, on y vend de la bière. Règle N°1, nous nous y arrêtons et commandons 3 bières. On apprend qu’il y en a en fonction des arrivages, 2 fois par mois. C’est notre jour de chance. Un homme tout à fait sympathique est ravi de discuter avec nous. C’est lui qui nous explique la ville et ses manques. Je sens une pointe d’ennui et qu’il est content de parler avec nous. Il veut absolument nous parler de football. Il veut absolument que je lui dise qu’elle équipe, française en plus, je supporte. Pas facile comme question, d’autant qu’il n’en connaît qu’une, Paris, qui vient, m’apprend-il, de perdre en ligue des champions contre Dortmund. Je finis par lui lacher le nom de la ville de Nantes, ça l’occupera 5mn.
La suite de la ballade est charmante et nous trouvons même un café avec une terrasse pour prendre une autre bière. C’est un lieu qui attire quelques trentenaires intéressants. C’est là qu’un jeune militaire venu à vélo nous retrouve pour nous annoncer que le bateau est parti à la dérive ! Retour précipité jusqu’à l’annexe puis au bateau, de nuit, où je retrouve mon ivrogne en salopette et son aide de camps. Le mouillage est remonté et le bateau est en remorque d’une grosse barque de pêcheur. Je prends la manœuvre au moteur pour refaire un mouillage correct. 60M de ligne dans 2.5m, ça devrait suffire. Bizarre cette affaire quand même… Au passage, mon jardinier, toujours hilare et toujours bourré me demande un petit remontant pour l’occasion. Je lui sors la fin d’une autre bouteille de rhum absolument immonde, achetée dans la rue à Santiago. Pas de soucis pour Nicolas, 2 gorgées et la bouteille est morte. C’est l’heure de les débarquer. Il me donne rendez-vous pour le lendemain matin et je crains qu’un petit racket s’organise en mon honneur.
Lundi matin, nous débarquons et nous sommes attendus. Un militaire, gradé, nous accueille. Il a des choses à nous dire. Je vois à l’intérieur du batiment mon jardinier qui devait être de garde dimanche. Le gradé nous explique que nous ne pouvons pas aller en ville, que nous ne pouvons même pas débarquer ici et que notre unique option pour le bien-être de tous est de nous barrer promptement. Barrez-vous en fait ! Jean-louis salopette, le rhum aidant, a pris des libertés avec le règlement. Nous quittons donc Niquero.
Toujours vers l’ouest, nous enchaînons le paradis et l’enfer pour finir par nous amarrer dans la marina de Cienfuegos. Un mouillage à Cayo Blanco, petit îlot peuplé d’iguanes et où un gars très cool tient un petit restaurant pour accueillir les rares touristes qui passent par là. Il nous propose de manger le soir avec lui et nous invite pour la paella du lendemain. L’eau est cristalline, l’endroit est magique. Mais Eole a décidé de nous en interdire l’accès dès la nuit tombée. 30 nœuds de vent et des vagues imposantes nous obligent à renoncer au diner à terre. Au matin, c’est la ligne de mouillage qui casse et nous n’avons pas d’autre choix que de partir. Direction Trinidad. En fait, la marina dans la baie de casilda est inaccessible avec 2m de tirant d’eau et nous n’avons plus qu’à poursuivre vers l’ouest et Cienfuegos.


sur Cayo Blanco de Casilda

Cienfuegos est un endroit où on trouve à peu près ce qu'on veut. Beaucoup de touristes français viennent ici. l'approvisionnement est toujours aussi bordelique mais clairement, le monde de la consommation est arrivé ici. Ce que nous n'arrivons pas à savoir, c'est qui profite de quoi. Il y a une jeunesse dorée qui se rapproche des standards occidentaux mais il y a aussi des gens qui vendent des paquets de pates dans la rue. Peut-être des restaurants non gouvernementaux où les gens sont intéressés au résultat. En tous cas, la vie semble plus simple ici, à seulement 150km de Niquero. Je vais essayer de trouver une chaine de mouillage à relier à mon ancre de secours et dans quelques jours, nous repartirons vers l'île aux iguanes en espérant profiter de conditions plus clémentes et peut-être retrouver mon mouillage posé au fond.


Marina de Cienfuegos

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