Lundi 20 mars 2019 - 10h48

Jean de la Lune
Cayetano est un bon gars. En plus il connait bien son affaire. C'est un compétiteur sur des bateaux de régate du genre qui marchent bien. Il est venu ce matin pour discuter de la mise à sec de Lullaby et de la réparation du safran. Ce sera donc vendredi pour la sortie du bateau. Démontage du safran puis occultation temporaire du passage de la mèche puis remise à l'eau pour une semaine. ça me permettra de rester sur Lullaby durant cette période en évitant de finir posé au fond comme le 2 mats Jean de la Lune qui cette nuit a doucement coulé amarré au ponton d'en face. Une voie d'eau a du se déclarer et ils n'ont rien pu faire. Ce matin il est posé au fond avec probablement 2m d'eau à l'intérieur. C'est triste à voir.

jeandelalune

J'ai commencé à étudier le programme pour la suite.
Si le bateau est en état, et il devrait l'être si tout se passe bien, je pourrais aller faire un tour vers Ibiza et ses mouillages intéressants avant de poser Lullaby à Barcelone. Le Reial Club Maritm de Barcelona semble tout à fait approprié. Le prix semble correcte et la situation proche de l'aéroport avec des directs pour Bordeaux me plait bien. Et puis si y'a moyen de distribuer un taquet ou 2 au détour d'une rue de Barcelone parmi les whites et les blancos...

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Dimanche 17 mars 2019 - 23h20

Pour ceux qui se posent la question, et ils sont nombreux (ou pas d’ailleurs, quelle importance), quel est l’intérêt de vivre sur un bateau, de naviguer ?
Et pour moi qui me la pose à peu près quotidiennement...
Je ne sais pas encore répondre à cette question.

Mais si je commence par le début, c’est assez simple. A l’instant même où j’écris ces lignes, je suis bien. Je n’ai pas envie d’être ailleurs.
La nuit dernière, je n’ai pas bien dormi. J’étais hanté par des idées désordonnées, des réminiscences de ma vie d’avant. L’insomnie qui s’accroche sur les aspérités qu’on a laissé traîner.

Et puis aujourd’hui, jour de la Saint Patrick, tout s’est passé sans problème. J’ai coché 2 cases dans mon plan de travail sur Lullaby, j’ai lu, et puis je suis allé prendre une bière au pub du coin. Dégueulasse évidemment. Et puis je me suis rendu compte que j’avais juste envie de rentrer au bateau. En fait, ce qui est assez intéressant c’est que je suis de plus en plus content d’être dans cette situation. La solitude n’est qu’une illusion dans le monde dans lequel nous vivons et dans ma situation en particulier. Mes voisins de pontons, français, sont assez cool. Raphael, Julie et la petite Gaia. Ersatz d’ami, d’amante et de petit fils (Gaia a 3 ans). Je crains pour eux que leur séjour ne s’éternise jusqu’au point de rupture, ça fait 2 ans qu’ils sont là. Mais pour le moment, ils me conviennent parfaitement. Ils sont mon garde-fou. Mon projet n’est pas celui-là. Dans 2 semaines je repars et ça fait la différence.

Pour le moment, si je devais répondre à la question du début, je dirai que c’est dans cette alternance de voyage et d’escale que se trouve ma vérité. Une vie de marin quoi...

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Jeudi 14 mars 2019 - 22h13

Le foot
Le foot est définitivement un sport de blaireau. L’esprit d’équipe : 1 cerveau pour 11 joueurs, sans compter les remplaçants. Je suis devant une bière dans le pub préféré de Tristan a Ténérife. En même temps il ne doit pas en connaitre beaucoup d’autres ici. Je regarde un 8ème de finale retour de ligue Europa, Arsenal vs Rennes. Ça faisait longtemps que je n’avais pas regardé vraiment un match de foot. Et je sais pourquoi.

Quelle purge!
Heureusement que toutes les 10mn passent les Pogues, on ne sait pourquoi vu l’âge moyen de la clientèle. Peut-être leur reprise du folklore britt... en plus la bière est insignifiante comme Marlène Schiappa au salon de l’agriculture . Dorada ou Stella. Putain de spanish !

Demain promis je m’intéresse au vélo. Le Paris-Nice ou une merde du genre. En plus il faut que j’aille, en vélo donc, à Los Abrigos chercher de la colle epoxy. C’est dur le vélo ! Surtout ici.

Putain c’est la mi-temps !!!
Faut savoir dire stop.
Je m'en vais retrouver Robinson dans ses limbes...

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Mercredi 13 mars 2019 - 20h20

J'aime Houellebecq.
Son absurde me parle. Il m'a toujours parlé.

Depuis "les particules élémentaires" qui m'avait tant captivé, tant nous vivions à l'époque dans un monde Houellebecquiain, en passant par "l'extension du domaine de la lutte" où l'absurde peut prétendre rivaliser avec celui de Camus, je me suis toujours senti à mon aise dans l'univers de Houellebecq.

Et puis voilà "Sérotonine" que je termine aujourd'hui.
Mon statut de fan ne me laissait que peu de doute quant à l'accueil que j'allais réserver à son dernier opus comme on dit, mais il s'est quand même passé une chose inattendue.

Pour la 1ère fois, j'éprouve un sentiment de compassion pour son auteur en constatant que nous ne sommes pas fait du même bois. Et mon essence semble un peu plus solide que la sienne. En même temps, il faut avoir de la merde dans les yeux, ou de l'amour, pour ne pas s'en être rendu compte avant.
Du coup, je suis tout surpris, et même enchanté, de constater que cette lecture ne m'affecte pas plus ou moins durablement en me menant sur les chemins tristes du cynisme mais au contraire me révèle une évidence : je ne suis pas fait comme ça. Et même je suis à peu près l'inverse. La vie ne mène nulle part, et pourquoi en serait-il autrement, prétentieux que je suis, mais c'est juste notre finalité. Aucun espoir superflu mais juste faire ce pour quoi nous sommes faits sans autre ambition que de le faire le mieux possible.

Et c'est ainsi que les hommes devraient vivre.

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Mercredi 13 mars 2019 - 10h59

8h à San Miguel. Il fait frais.
Le ciel est aussi bleu qu'hier.
Une banane, des céréales au jus d'orange et un café, la journée commence.
Quelques pages de Houellebecq provoque chez moi une réflexion que j'accepte volontiers le matin. Le soir c'est plus compliqué. Surtout en période d'abstinence qui durera ce qu'elle durera.

Cette réflexion est intéressante et probablement indispensable. Pour résumer je pourrais la formuler sous forme de question : qu'est-ce que je fout là ?
Et contrairement à ce bon Michel, je trouve assez vite un début de réponse en raisonnant par l'absurde. Et si je n'étais plus là...

Et bien immédiatement, je redécouvre tout le goût que j'ai pour la vie en générale et la vie sur le bateau en particulier.
Je ne sais pas comment tout ça va se passer précisément mais ce que je sais, c'est que je suis exactement dans les conditions dont j'ai pu rêver.

J'ai du temps, je fais ce que je veux et les questions que j'ai à résoudre sont on ne peut plus concrètes. Changer une roue à aube de pompe de refroidissement moteur peut sembler trivial à beaucoup mais demande de l'analyse, de la réflexion et confère une once de connaissance supplémentaire une fois réalisé. Et un certain sentiment d'accomplissement aussi. Hier fût une belle journée de ce point de vue là (Charriot de grand-voile entièrement revu, génois nettoyé, affalé et livré chez le réparateur local et donc pompe de refroidissement du moteur revue).

J'ai bien conscience que dans cette voie, je ne vais pas être de plus en plus entourré. Faut quand-même admettre que ça peut faire un peu juste comme préocupations pour permettre une vie sociale à peu près "normale"...

J'ai une expérience à mener aussi mais il faut attendre encore un peu pour que les conditions soient réunies.

aube !

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