Dimanche 13 octobre 2019 - 20h16

Pauvre pêcheur.
Je suis depuis 2 jours au mouillage à la pointe de la Luz, à l'extrémité ouest de Fuerteventura. Le décor rappelle un peu Santa Luzia au Cap-Vert, par son côté luxuriant... Il paraît qu'il n'a pas plut depuis 4 ans ici. Record en cours, si ça se trouve il ne pleuvra plus jamais. Pour le mouillage est idéal, abrité de la mer, avec du vent pour l'éolienne et une eau à 23-24 j'imagine. C'est pas Beg Meil.
Mon rythme de vie est comment dire, soutenable. Je ne suis pas dans le modèle productiviste. Je lis beaucoup, je commence à être à cours d'ailleurs, et je compte les électrons que mon éolienne envoie dans mes batteries. Ici aux Canaries, il y a toujours un peu de vent et je parviens à être à peu près autonome. Je vais quand même essayer d'équiper le bateau d'un panneau solaire fabriqué par des enfants pauvres qui ne verront pas la prochaine coupe du monde de rugby. C'est peut-être un moindre mal que je vais leur faire tant ma consommation s'est réduite comme le QI d'un téléspectateur de BFM Business.
J'essaie aussi de pêcher. Mais à vrai dire je suis un peu comme Perceval qui pêche avec une ligne sans hameçon. Je passe pourtant beaucoup de temps à imaginer et réaliser toute sorte de dispositifs tous plus implacables les uns que les autres mais le résultat n'est pas à la hauteur du travail fourni. Je ne mets pas en péril la ressource. Nada, peau de zob. Peut-être que ça vient des appâts. J'ai essayé le saucisson, la peau d'orange (en souvenir...), l'olive (en souvenir aussi), et même la tortilla! Va essayer d'accrocher un bout de tortilla a un hameçon. Résultat nul.
Demain soir je repars naviguer vers Santa Cruz de Tenerife pour y trouver un "panel Solar ". J'aurai sans doute plus de succès en pêchant à la traîne.
Dans 2 semaines, cap au sud. Direction la bamboulie. Je plaisante pour ceux qui ne connaissent pas la référence. Direction Dakar. Je suis contant de rejoindre Dakar. Le vrai continent africain. La baie de Hann, c'est pas forcément l'endroit où l'on va se baigner, on ne fait pas un picnic dans une décharge, mais je suis certain de trouver la chaleur du Sénégal. J'aurai une pensée pour Paco.

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Jeudi 3 octobre 2019 - 16h48

Du bonheur d’être seul. Et de picoler…
Seul, on ne l’est jamais vraiment, ou plutôt on l’a toujours été, au milieu du tumulte. Cette agitation permanente que la vie « moderne » nous impose. Réfléchissons un peu.
De quoi est fait le monde qui nous entoure ? Comment décririons-nous le milieu dans lequel nous évoluons ? La première sensation qui me vient à l’esprit, c’est l’information. Au sens physique du terme. Nous sommes baignés, noyés, dans un flot d’information permanent jusqu’à la nausée. Quelle est la première aptitude de l’homme, ou de la femme, disons de l’humain, du XXIème siècle. C’est sa faculté à capter, recevoir, avaler, un volume d’information sans précédent. Que l’on se pose un instant pour établir une sorte d’inventaire dynamique du flux d’information auquel on est soumis dans une journée.
Pour cela, nous devons impérativement recenser les médias qui nous accompagnent dans notre vie « moderne ». En 1er lieu bien sur, il faut mentionner le téléphone ou smartphone, ou iPhone ou tout autre substantif permettant de désigner ce dispositif portable, qui nous accompagne en toutes circonstances, dont les fonctions sont les suivantes : Communiquer (En mode bi-directionnel), être informé (en mode uni-directionnel descendant). En terme de volume, il faut remarquer que ce second mode est largement prépondérant. Et ce n’est pas anodin. Ensuite, le quotidien va nous conduire à sortir de notre tanière pour y tenir notre rôle, plus ou moins bien écrit, parmi les hommes. Et là, il faut bien se rendre à l’évidence, c’est l’overdose. Visuelle, auditive, olfactive (le bruit et l’odeur de Saint Jacques), sensitive même pour qui pratique les transports en commun. Ça fait beaucoup pour un seul homme !
Enfin, il ne faut pas négliger le phénomène des répliques. Comme après un tremblement de terre, toutes ces sollicitations de nos sens vont générer des répliques dans notre cercle intime, s’il existe. Honnêtement, si on y songe précisément, de quoi sont faits nos apéros dînatoire (j’adore cette expression), si ce n’est de régurgitations de ce trop plein d’information qui nous gavent jusqu’à en vomir ? Mais pouvons-nous dire pour autant que le résultat est à la hauteur du foie gras ?
Mais trêve de sarcasmes, nous ne sommes pas coupables. « J’ai pas demandé à vivre ».
Comment supporter, expliquer, comprendre, de telles contraintes ? Comment trouver un sens, une place, dans ce torrent d’information. Une réaction « instinctive », à l’image du chien qui hurle, glapit et bave quand tout le monde autour de lui s’agite et hurle, glapit et bave, est de soi-même tenter de surnager en hurlant plus fort. C’est intrinsèquement la fonction d’application comme Twitter ou Facebook. Il suffit de parcourir un instant les hashtags du moment pour s’en convaincre. Malheureusement, mais évidemment aussi, aucun secours n’est à attendre de ce coté là. Bien au contraire ! Pour une simple raison, c’est qu’il s’agit là de la version numérique du bouillon d’ego dans lequel nous nous noyons. Aucune réflexion à attendre de post dictés par l’angoisse de n’être rien dans un monde omniscient.
Alors quoi ? Que faire ? Comment faire pour continuer à « pousser son petit bordel » ?
Je commence à avoir une petite d’idée.
Voilà un mois que je suis parti en bateau, poursuivre un rêve d’enfant, puéril, fait de chansons de Brel, de peinture de Gauguin, de fleur de tiaré et de Crabe tambour… Mais chemin faisant, je suis amené à vivre dans ce milieu bien particulier du voilier de 12m. Je m’y sens bien. Je rencontre des gens comme moi, pas identiques mais qui vivent dans les mêmes conditions que moi. Nous n’avons pas tous les mêmes histoires, les mêmes moyens de subsistance, les mêmes façons de vivre,mais nous avons tous quelque-chose en commun. Ce besoin de retrouver le sens de l’humanité. Et justement, nos différences vues à travers le prisme de la bienveillance sont autant de joyaux offerts à notre naïveté. Peut-être qu’un jour j’arriverai à trouver ma cohérence, c’est pas encore fait. Mais je sens bien que je m’en rapproche. Étonnante aptitude pour quelqu’un d’aussi conditionné que moi. Voilà donc un début de piste. Les jours qui viennent vont me donner certaines réponses qui je le pressens seront mon carburant pour aller plus loin dans ce voyage.
En attendant, na zdrowie !

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Lundi 2 octobre 2019 - 00h58

Merci Olivier
23h, je rentre de l’apéro. Autant dire que je n’ai pas dis que des choses intelligentes…
Mes compagnons de soirée : Francine (!) et Philippe. Un couple franco-suisse d’un siècle et demi à eux deux. Elle est prof d’arts plasitiques (et non pas en bois) à la retraite et lui, je ne sais plus trop. Skieur de compétition, guide de haute montagne, animateur de loto dans le Béarn. On ne sait plus. Mais plutôt cool les 2.
Elle est sulptrice avec des matières étranges, non pas les siennes, mais elle s’arrange avec ce qu’elle trouve. Tantôt du papier, tantôt du plâtre, et du bois flotté aussi. Il en existe en suisse, au fond du Léman. Je ne savais pas.
Lui, un peu plus escroc, a dû commettre quelques aquarelles avant de se mettre à la photo. Mais comme dit Confucius sur Villaine : « C’est pas le flacon qui murge ! ».
Enfin, nous nous croisons sur le front de mer de Gran Tarajal après ma 1ère pinte. Je vois bien que Philippe a un furieuse envie d’en découdre avec le blanc local, ou le rouge, on verra bien. Nous avons fait connaissance ce week-end autour d’un repas dans le restaurant du port que Marie connaît bien.
Et nous voilà partis dans les confidences philosophico-alcoolo-juraciennes. Il faut préciser quand même que la serveuse de l’endroit où je commence à avoir mes habitudes est une perle. Je sais bien, elle aussi sans doute, que l’avenir ne se présente pas au mieux, ni pour elle, ni pour moi, pour des raisons différentes sans doute. Mais enfin, elle est belle ! Même philippe, avec ses yeux mouillants (*) voit bien qu’il se passe quelque chose de peu commun.
Nous enchaînons les blancs, les rouges, les bières sans intérêt pour Francine. Et nous causons. Sans y prêter attention, je commence à jouer mon petit spectacle, et ils applaudissent à tout rompre. C’est que je viens de terminer ma lecture du moment. « Un question de taille ». Et visiblement, 2-3 choses ont bien raisonné en moi. En particulier, le concept de « mesure » dans notre parcours humain, social et même primordial. Il se trouve que sans y avoir réfléchit en ces termes, je me suis orienté « naturellement » vers une vie qui retrouve le sens de la « mesure ». Peut-être suis-je le cobaye parfait, la drosophile de nos cours de biologie. Et j’en suis fier, sans aucun doute.
En fait, il faut bien que j’admette ce fait non prévisible, Olivier m’a communiqué à distance (dans le lieu et dans le temps) une énergie tout à fait étonnante. Pourtant, sur le papier, je ne l’aurais pas choisi pour animer les jeux apéro du Club Med. Si tant est que ces mêmes jeux ne me poussent pas relativement rapidement au suicide ou à la tuerie de masse façon Wako. Mais oui, je ressors de cette lecture avec plus d’énergie vitale qu’après un roman de Houellebecq. En même temps, y’a pas de quoi crier « Viens voir ! ».
Donc, je m’en vais de ce pas me rendre dans ma cabine, après une dernière petite bière quand même, parce que faut pas s’arrêter en si bon chemin, parce que tout ça c’est bien beau mais il ne faut pas oublier ce qui nous attend, parce que Chirac est mort, cannonisé 15 ans après avoir été le plus grand escroc de la Vème république, parce que l’amour nous sauvera.
(*) Brel

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Mercredi 25 septembre 2019 - 15h22

Duncan
La journée a bien commencé. Petit déjeuner, douche et EAG. C’est parti pour une expédition au village. Je commence à me détendre à propos du mouillage. Ça fait 2 jours (et 2 nuits) que je suis là et le bateau n’a pas bougé d’un cheveu de la tête à Matthieu. Malgré les rafales supérieures à 20 nœuds. Donc je monte dans ma petite annexe et je rejoints la plage. 1/2h de marche pour arriver à Caleta del Sebo. Je passe devant la maison aux perroquets et me voilà assis en terrasse, devant un caffe con leche (j’ai pas eu le choix). Un voisin de mouillage vient s’assoir à ma table. Il s’appelle Duncan, il est mi-écossais mi-anglais. Comme moi il voyage seul pour le moment, loin de son pays en plein tumulte. Il doit avoir une quarantaine d’années et sa copine le rejoint quand elle peut. Ils ont trouvé un arrangement intéressant : lui navigue et elle travaille. La grandeur de l’empire… Nous passons 1h ensemble à disserter de choses et d’autres, mais surtout de bateau évidemment. Il est bien cool Duncan. Simple, clair, aimable. Il y a moyen qu’on se retrouve devant une bière dans pas longtemps.
Je suis toujours un peu surpris de ne pas m’ennuyer. Il faut dire que la lecture du moment a de quoi me faire apprécier les pauses oisives à regarder le ciel et les cônes volcaniques.
Graciosa, c’est un endroit à part quand même. Pas de route, quelques véhicules mais pas plus d’une dizaine et des touristes canariens. Il semble que ce soit l’endroit où l’on vient pour la journée profiter de la plage et exhiber sa garde robe dont la surface est inversement propotionnel au prix, j’imagine. En tous cas, on est sur du 1/4 de short sur du 1/8 de string et sur du souvenir de haut. C’est rigolo. Le résultat n’est pas toujours en accord avec ce qui était vendu sur catalogue mais ça, on y peut rien. La faute au temps qui passe et à la cuisine espagnole…
Dans quelques jours, je partirai d’ici pour aller me poser à Gran Tarajal sur Fuerteventura. Une marina immense et presque vide près d’une petite ville perdue en plein desert. Je m’étais dit que j’y reviendrai quand j’y suis passé en septembre 2018.


Une autre voisin de mouillage sur Sun Legende 41, que j'ai déjà croisé aux îles Scilly je crois


Duncan sur son annexe en bois

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Lundi 23 septembre 2019 - 21h36

Clyde
« Alors voilà, Clyde a une petite amie.
Elle est belle et son prénom c’est Bonnie… »
A chaque fois que je suis content, cette phrase me revient direct !
48h de traversée et me voilà à Graciosa.
Des souvenirs, j’en ai quelques un ici.
Le 1er avec ma sœur, mon double, mon âme liée, Marie, je vous salue… Non je déconne.
Le second avec mon frérot, pas génétique mais on s’en branle, mon frère quand même.
Autant dire que l’endroit me semble tout indiqué pour retrouver le sens de la marche.
Les dernières 24h ont été un peu musclées et du coup j’ai pas trop pu dormir. Du coup aussi, je me suis lancé, sans le bonnet, sans les lunettes, dans la lecture de cet ouvrage qui m’attend depuis plusieurs mois, quelques années peut-être : Une question de taille. Son auteur… Olivier Rey.
Dire que ce mec est intelligent, ça ne sert à rien. Autant dire que la pluie, ça mouille, ou que si la route est sèche, c’est qu’il ne pleut pas.
Mais pourquoi ai-je éprouvé l’envie de commencer cet ouvrage justement sur cette traversée, Alors que mes nerfs commençaient à crier grace et que les conditions ne prêtaient pas à la détente ? Je ne sais pas. En tous cas, bien m’en a pris comme on dit (j’adore pouvoir utiliser cette expression à la con pour une fois). Je ne fais que débuter la lecture. 65 pages dans la nuit. Mais pour ceux que ça intéresse, 65 pages d’Olivier Rey, ça doit être équivalent à 3500 pages de Michel Onfrey. Pas de sarcasmes dans ce que je dis. J’aime bien Michel Onfrey. Enfin j’ai bien aimé à un moment. Mais Olivier, c’est le philosophe de la densité.
Je m’égare…
Ce voyage est à définir. Et voilà pourquoi je ne sais pas ou je vais. Ce que je sais en revanche, c’est que dès que je chemine dans ma bonne direction, plein de petits signes me confirme qu’on est sur la bonne trajectoire.
J’ai perdu ma bague, alliance avec l’enfant, dans ce non début de voyage. Rien de grave ! Je n’ai jamais été attaché à ce genre de symboles. Mais quand même, ça fait partie des signes à ne pas négliger. Heureusement ! (« je connais un malien… » spéciale dédicace pour Tristan) Je connais une personne qui voit bien mieux que moi ces signes. Et elle m’accompagne souvent par la pensée. Et justement, elle me dit, toujours par la pensée, de bien ouvrir les yeux. Je m’y efforce.
J’ai donc retrouvé le sens de la marche. Mon projet, c’est quand même d’aller de l’autre coté de la terre ! Et c’est juste parfait. J’ai déjà envie de repartir ce soir… Bon je vais me calmer avec mes 2h de sommeil et mes 65 pages d’Olivier Rey.
Demain, je fais le tour du bateau, j’appelle Julien et Tristan. Et après on voit.

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