Lundi 12 février 2020 - 14h46

Haiti cheri 


Haiti cheri

1 semaine à Haïti. Le temps de comprendre pourquoi elle est surnommée la perle des Caraïbes, et aussi ce que représente un PIB par habitant de 1800 $. Ça veut dire en gros que le salaire moyen est autour de 100$ par mois. Du coup, quand tu viens ici, et que tu es blanc, 2 options : tu es blanche et nous t’appellerons fion-patte, une chose que l’on peut baiser à tout moment, mais ça c’est commun à toute la région, où tu es « captain » et tu deviens l’équivalent d’un DAB. Après, j’ai pas creusé suffisamment mais je pense que la femme blanche est aussi une cash-machine à l’occasion. Quant à savoir si le captain peut être sollicité sexuellement, la réponse est oui s’il paye et on retombe dans le 1er cas. L’autre option n’étant même pas envisageable tant l’homophobie est naturelle ici et dans les Antilles en général. Une loi divine en quelque sorte. 
J’ai consulté la page Wikipédia pour connaître un peu mieux l’histoire du pays. Autant mettre le tète dans une fosse à purin. Avec 2 acteurs majeurs, la France et les USA, chacun avec un talent particulier dans la fils-de-puterie. Mention spéciale pour les US tout de même. Mais c’est une grande nation, on est pas de taille à lutter. Résultat, c’est la merde intégrale et ça ne va pas s’arranger. L’île-à-Vache où nous avons abordé a été déclarée d’utilité publique. Il faut comprendre ce que çà signifie. En pratique, l’état peut vendre la terre à qui il veut, mais surtout à des promoteurs compréhensifs en expulsant les occupants du jour au lendemain. Le droit foncier n’existe pas ici. La seule règle semble être l’argent. Dans 10 ans cette île sera un paradis en mer des Caraïbes, les habitants actuels auront rejoint les bidonvilles de la ville des Cayes où pire de Port-au-Prince.
Alors à ceux qui ne doutent toujours pas des supposées vertus du système libéral, je dis venez faire un tour ici, ou dans n’importe quel endroit conseillé par les tour-opérateurs pour passer vos vacances d’hiver. Si rien ne se passe dans votre tête, si la colère et la honte ne vous submergent pas, c’est que nous ne sommes pas faits pareils. Vous avez de la chance.
Je sais bien que moi, avec mon passeport français et mon voilier dont le prix représente peut-être 40 ans de revenus ici, je suis mal placé pour parler comme ça. Une chose est sûre, je suis venu ici, j’ai mesuré ce qui nous sépare. Les gens d’ici sont polis et gentils. Mais on ne doit pas oublier que leur intérêt est d’obtenir tout ce qu’ils peuvent du visiteur, quitte à mentir un peu à l’occasion. Mais comment leur en tenir rigueur ? Je sais que tout cela est normal mais j’ai beaucoup de mal à accepter l’impossibilité de rapports humains non biaisés. Ça me fait penser au « voyage d’Anna Blum » de Paul Auster. Quand tout est difficile dans la vie, il n’y a plus que le gain immédiat qui motive les gens. C’est comme ça ! Pas la peine de batailler, surtout quand tu viens d’un pays en partie responsable de la situation. Hier, ça m’a tellement affecté que j’avais envie de devenir ermite. Ne plus être témoin de nos tares intrinsèques.
Cette escale haïtienne restera gravée dans ma mémoire. Tant pour ce qu’elle m’a appris de cette île en mer des Caraïbes que de moi-même.
Ce matin, on se prépare au départ pour Cuba! Se souvenir des belles choses, voilà, c'est ça. Y'en a à Haïti. Et des gens aussi.


Mouillage à Kaykoc


kaykok
Kaykoc


les cayes
pare-battages


les cayes
dans la navette


les cayes
quai de chargement


les cayes
Les Cayes - le marché


abaka bay
Abaka bay

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Lundi 3 février 2020 - 06h14

Scalpa
La Dominique est derrière moi. Derrière nous en fait. L’une de mes équipières, Gesa, pousuit son voyage vers le sud et le continent sur un autre bateau. Roisin et moi avons trouvé un accord naturellement pour continuer en mer des Caraïbes. République dominicaine puis Cuba, avant de rejoindre le Mexique.
Un mois passé en Dominique. C’était bien. Très bien même. C’est un endroit qui ne ressemble pas à la Louisiane mais que je connais bien maintenant. Je ne connais pas le programme de retour mais je pense que je repasserai par Portsmouth. Histoire de retrouver Kish, Titus, Yellow, Jérôme et tous les autres avant que tout ça ne disparaisse quand cette île aura été vendue aux investisseurs qui s’annoncent déjà.
Le départ vers l’ouest a été retardé pour faire une courte étape de 3 jours à Pointe-à-Pitre. Matthieu a décidé de me rejoindre. Bonne idée ! Et puis du coup, on a retrouvé Felix qui s’est installé durablement en Guadeloupe. Je pensais qu’il avait perdu toute énergie après l’ouragan Maria, je me trompais. Il a ouvert un petit restaurant à Baie Mahaut avec son neveu Jean-Claude. De l’énergie, ils en ont à revendre et la soirée passée avec eux, entre ti-punch, pizza à la banane et musique était parfaite. Un petit morceau de Dominique en Guadeloupe… Roisin a décidé d’utiliser le surnom que ma donné Felix : Scalpa. Ça me va bien en fait.
Donc Matthieu est arrivé après mille heure de voyage. Il a laissé Paris et ses 4° en-dessous de zéro pour arriver sur Lullaby. Ça fait un choc mais il s’en sort pas mal je dois dire. Je crois qu’il a laissé pas mal de chose, pas toutes amusantes, sur le vieux continent. Il a bien fait, on en a pas besoin ici.
Nous voilà en mer des Caraïbes, cap au 280, pour 3-4 jours encore. Je pense à Manuel, le plus bordelais des dominicains, et la musique dans son bar, exclusivement constituée d’un CD en boucle qui en a fait fuir plus d’un. On en a tellement bouffé avec Matthieu qu’on en avait la bachatta chevillée au corps. Des soubressauts toute la nuit à s’en bousiller les rotules. Je me demande comment vont se passer ces retrouvailles musicales.

Nous avons passé 3 jours à Saint Domingue. Entre les agents de CESTUR qui nous suivent pendant 3h pour nous empêcher de déhambuler librement dans le quartier Est de la ville, peut-être à raison, et cette soirée inoubliable dans un bar de quartier où l’humain coule à flot, je me dis que cette étape est une leçon à retenir. Ce soir de crunch gagné par la France, j’ai l’esprit vagabond. Le rhum ne doit pas être étranger à tout ça.
Where is my mind?
Where is my mind?
Where is my mind?
Way out in the water
On ne se refait pas.
Au bout de nos réflexions, à parler de notre vieux monde, à fumer des cigarettes, des Nacional, et à finir le Damoiseau, je commence à trouver une certaine logique à nos divagations. Je sais que le retour est un piège. Demain je n’y penserai plus. On partira dans 2 jours vers Haiti et son PIB par habitant de 1800 €. Je sais, c’est moche de dire ça mais ça reste une donnée plus ou moins objective. Ensuite, on essaiera de se poser à Cuba. Putain, Cuba ! Merde ! Comme dirait Desjoyaux, « ça parle un peu ». J’ai peu voyagé dans ma vie. C’est pour ça que je suis un peu comme un mome pendant ce périple en voilier. Je commence à percevoir l’étendue de mon ignorance. Plus je rencontre de vies différentes et plus je me dis que ma faculté à parler sans savoir est infinie. J’espère ne pas oublier ça. Donc le retour, on y pense forcément. Ne pas se tromper, pas la même erreur qu’il y a 4 ans. Peu de risque de rencontrer le diable une seconde fois mais faut rester vigilent.
Me dire que je suis en république Dominicaine, que dans 3-4 jours je serai en Haïti et dans 1 semaine probablement à Cuba, ça donne un peu le vertige mais aussi, ça justifie les longues journées et les longues nuits en mer qui m’attendent avant de retrouver les miens. En même temps j’ai choisi. Je vais pas me plaindre non plus !

Salinas
Escale à Salinas

iguane
Iguane Dominicain

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Samedi 11 janvier 2020 - 13h05

Full moon
Un vendredi à l’abrit dans Ruppert Bay en Dominique. La journée est consacrée à la surveillance du mouillage par 30+ nœuds. C’est rigolo au début mais très vite on se lasse. On se lasse de tout faut dire. Mais bon. c’est pas une raison pour ne pas aller à terre voir si j’y suis. En général non mais on ne sait jamais.
Hier soir on était invité chez Yellow pour l’anniversaire de sa douce Christine. Lui c’est le fils naturel de Bob Marley et Peter Tosh (oui il ont eu un fils, comme quoi tout est possible). Le rasta qui normalement ne mange que des plantes, fume 30 joints par jour et tient un discours habité certe mais pas très bien rangé. Bon Yellow, c’est tout ça plus du rhum. Sa douce c’est la même chose transposé chez une femme de 50 ans qui vient de Vannes et qui un jour s’est dit qu’elle pourrait utiliser son argent pour joindre l’utile à l’agréable en finançant la reconstruction de la maison de Yellow et en habitant dedans. Etaient conviés aussi Dominique et Claudia, expert en recyclage depuis 30 ans et en procréation pour Claudia avec ses 9 enfants. Ensuite, y’avait Coralie qui vient de quitter la Guadeloupe pour la Dominique pour se recentrer, en clair elle s’est faite larguer et ne semble pas très optimiste sur la suite de sa vie sentimentale. Et puis Florence. Là on commence à entrer dans le bizarre. Probablement entre 50 et 60 ans mais si on en juge par sa dentition ou ce qu’il en reste, je dirais 247 ans. Christophe, je l’avais déjà rencontré il y a 4 ans, associé à Sandrine dans un bar de la plage, le Sandy beach. Depuis, Sandrine s’est barrée et a monté un nouveau restaurant à 100m. Christophe lui avait pour projet de continuer seul à tenir ce bar qu’il a judicieusement renommé Christophe’s bar. Mais les choses n’ont pas tout à fait évolué comme espéré. En pratique, le bar est à l’abandon et Christophe expérimente une méthode très personnelle pour l’inventaire, un genre d’inventaire permanent, très moderne, qui consiste à picoler consciencieusement tout ce qui reste. Cette méthode présente l’avantage d’être une fonction convergente qui lui assure un résultat sans erreur quand il aura épuisé ce qui reste. Enfin, le plus important, Pocky, Arthur et Nelson. Dominicains de père et de mère. Pocky, le plus agé, m’a raconté sa vie de pêcheur entre la Dominique et Cuba avant de s’endormir gentillement après le 6ème planteur. Arthur lui a une mission. On l’a rencontré sur le chemin de la maison de Yellow en plein bush. Lui son truc c’est de guider les gens. Les mener à bon port. En même temps, je le soupçonne d’embellir un peu l’histoire vu qu’il était de la fête aussi. En fait il est tombé sur nous et s’est senti investi de la mission d’accompagner 2 filles blanches de moins de 30 ans sur le chemin de la vie. Moi, je ne suis pas sur de l’avoir ému plus que ça.
Quant à Nelson, sa qualité essentielle c’est son rire. Sa manière de se tordre de rire, un rire sonore et communicatif, quand Arthur essaie de lui expliquer que si ça continue, il va bientôt faire nuit. Moi, je ne résiste pas. Du coup, dans la soirée, je me retrouve dans le jardin avec lui et ses 14 joints et il m’explique que la lune, la pleine lune, qui vient de disparaître derrière un nuage, existe poutant bel et bien. Et généralisant, la leçon qu’il entend m’apprendre c’est que les choses continuent à exister même quand on ne les voit plus. Si j’avais été un peu plus lucide, moins égaré, en clair moins bourré, j’en aurais versé une petite larme de bonheur.
En fin de soirée, tout ce petit monde s’apprête à monter dans un taxi pour redescendre à Portsmouth. Nous, nous décidons de rentrer comme nous étions venus, à pied. Le taxi enfin parti avec son chargement plus ou moins avarié, Yellow nous retient pour une dégustation de champagne. Comme il le dit lui-même, une bouteille pour 10, ça n’aurait servi à rien. 1/4h plus tard, lorque Christine ouvre une bouteille d’un joli bleu camping-gaz, je commence à regretter le départ des autres convives. L’étiquette annonce « Vin Fou », ouais… A la 1ère gorgée, je sais que je vais sérieusement entamer le capital sympathie que mon estomac, mon foie et tout le reste avaient pour moi. C’est la goutte d’eau, ou de purin plutôt, qui fait déborder la fosse. Comment peut-on fabriquer une merde pareille ! C’est pas humain ! Le plus sage, raisonnable, évident, serait d’annoncer que la coupe est pleine pour moi et de jeter cette merde dans les plantations de Yellow mais ce serait gâcher. Du coup, le petit commité que nous sommes nous donne droit à un 2ème verre de poison servi avec fierté par Christine. Que dit-on déjà de la fierté, qu’elle est mal placée? Je dirais plutôt criminelle dans ce cas, mais sans préméditation, c’est déjà ça. Je ne serais pas plus étonné que ça que les laboratoires Bayer soient à l’origine de la mixture, on reconnaît le savoir faire.
Cette nuit de pleine lune s’achève donc par une petite randonnée de 3km pour rejoindre l’annexe puis le bateau, un temps propice à la réflexion sur la beauté de la nature et ses dérives parfois, si tant est qu’elle soit à l’origine de ce vin fou, ce qui est loin d’être évident.


Kish et Dominique


Sweet dreams are made of this

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Mardi 31 décembre 2019 - 16h48

Dominique nique nique
Ce qui est cool avec le bateau, c’est que t’as pas besoin de tourner autour du pot trop longtemps avant de comprendre que ça sent pas la rose.
"Si tu ne veux pas connaître la réponse, pose pas la question". Cette devise qui était celle qui avait cours sur Lullaby il y 4 ans n’a plus sa place aujourd’hui. Trop tard, les réponses aux questions à peine évoquées se pointent en masse et dans le désordre, un bordel qui me rappelle un peu la Chambre de Nico. C’est dire ! Alors évidemment ça perturbe un peu. Un CRS n’y retrouverait pas son LBD. Du coup, une phrase me revient régulièrement en tête, porteuse de vérité mais aussi de bonne humeur : Sometimes you hit the bar, sometimes the bar hits you. (le cowboy au bar du bowling dans The Big Lebowski). Passé le mal de crane et la gueule de bois, ça commence à ouvrir des perspectives. Et il faut bien avouer que c’est plus facile quand tu trouves une oreille attentive et éclairée pour en parler. C’est mon cas. Encore une facétie de ma bonne étoile qui a la bonne idée de briller sans discontinuer depuis pas mal de temps.
Ce matin, c’est beau temps. Je parle pas de météo car ici, le beau temps, c’est comme les arrêtes dans le poisson ou le beurre salé en Bretagne. Y’a pas moyen d’y couper. Mais c’est aussi dans la tête ce matin. Pourquoi ? Sans doute grace à mes échanges avec ma bonne étoile. Et puis hier, parler avec Marie m’a rappelé qui je suis. A présent que j’évoque sans détour un autre avenir à ce voyage, je sens que celui-ci va devenir beaucoup plus agréable. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il ne faut jamais oublier de vivre le présent. Putain, je le savais, j’avais tout révisé avant de partir, table de multiplication par 7, verbes irréguliers en anglais, les trains qui se croisent entre Paris et Strasbourg, le nom des 7 nains, tout ça. Et bah malgré ça, je m’suis fait baisé comme un bleu. Un jour, quand je serai grand, je ferai tout bien du premier coup…
J’ai pas mal marché ici depuis 10 jours, et j’ai beaucoup pensé à Marine et Fab. Fab en particulier, qui se serait fondu instantanément dans la nature primaire qu’on trouve ici. Tout est jeune car Maria, l’ouragan, a tout détruit il y a 3 ans. Mais la nature sait se reconstruire très vite ici, elle est même faite pour ça.
Je viens d’avoir des nouvelles de mon pote Jean-Christophe que je vais sans doute voir ce week-end. Il y a 4 ans, j’étais passé le voir après 15 ans sans se donner de nouvelles. Passé l’étonnement de se revoir, le temps d’adaptation à éviter le passé qui par définition n’est plus, nous avons retrouvé avec plaisir ce qui faisait notre amitié il y a si longtemps. Le simple fait de penser à lui me donne envie de rire. Notre amitié était tout sauf morose, c’est toujours le cas.
Nous allons donc quitter la Dominique, je vais débarquer mon équipage qui a d’autres chats à fouetter. C’est le bon moment après un mois de vie en collectivité sur un bateau de 12m. Je suis content de les avoir embarquées et l’expérience se renouvellera peut-être.
Aujourd’hui c’est le dernier jour de l’année. Il y a 1 an, j’étais à Bruxelles pour un séjour exigeant chez Marine. Avec mon dicernement légendaire, je n’avais même pas remarqué qu’elle ne buvait plus d’alcool, toute enceinte qu’elle était. aujourd’hui, on va sans doute se lacher un peu niveau picole mais pas tant. Déjà parce que la bière aux Antilles, c’est comme le ski dans le massif central, et puis surtout parce que la marche suivante ici est sacrément raide, à base de rhums assassins. Mais bon, comme le dit mon philosophe préféré, mi-ours, mi-sanglier, et totalement viking : « C’est pas l’flacon qui murge ! ».
Happy new year from Dominica.

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Vendredi 27 décembre 2019 - 22h44

Transat express
Voilà ma 3ème transat terminée. 14 jours pour rejoindre Portsmouth en Dominique depuis Mindelo. L’autoroute ! Du vent, de la mer, mais tout ça dans le dos, ça aide.
Au dernier moment, à Mindelo, l’occasion s’est présentée de faire ma transat en solo à 3. Je vais pas m’étendre sur le choix de l’équipage, je connais des grincheux qui vont encore dire que j’ai pas d’honneur. Déjà, c’est vrai.  En plus je fais ce que je veux. Et puis l’honneur c’est la boucherie à la portée du taureau. Donc pour cette transat, Lullaby s’est transformé en arche de Noé européen. Une allemande, une irlandaise née à Madrid et moi. La langue officielle à bord est l’anglais, ce qui me va bien. J’ai bien apprécié cette compagnie même si avec le temps, certaines tensions sont apparues. Mais rien de grave qui ne puisse se régler en mettant un peu du sien.
Le paysage a été à la hauteur avec une longue houle doublée d’une plus nerveuse qui nous a bien fait glisser avec nos 25 noeuds réguliers. Des averses orageuses aussi qui font penser au tropiques. Ça tombe bien, nous y sommes. Arrivé le 19 décembre à Portsmouth, je n’ai pas mis longtemps à tomber sur Felix. Un gars originaire d’ici que j’ai rencontré il y a 4 ans et qui m’a laissé de bons souvenirs. L’ouragan Maria lui a un peu coupé les ailes mais je n’ai pas souvenir qu’il ait été plus entreprenant à l’époque. La différence c’est que son bar est détruit et du coup il traine chez Keisha qui tient un bar non loin de là. Nous y avons nos habitudes maintenant.
La Dominique s’est enrichie, c’est net. L’ouragan a été suivi par une flopée d’actions internationales plus ou moins intéressées comme avec les chinois par exemple, qui refont les routes et les ponts. À mon avis, c’est pas gratuit. Les américains ont aussi laissé des traces de leur action mais au final, c’est impressionnant comme en seulement 3 ans, la Dominique s’est relevée. À peu près plus une trace de Maria, ouragan de catégorie 5! La nature a elle aussi relevé la tête, ça fait plaisir de voir ça.
Maintenant le programme est plus flou. Aujourd’hui j’étais dans le parc national de Morne-3-pitons. Une randonnée de 10 h en comptant la visite du boiling lake et le bain dans une piscine alimentée par une cascade d’eau à 37 degrés. Ça parle un peu quand même. Ensuite ce sera retour à Portsmouth puis départ vers la Martinique. Histoire d’aller boire une bière avec mon pote Jean-Christophe. Et puis aussi de quitter mon équipage de choc.
Bon ! Faut bien avouer que je ne suis pas dans un moment d’extase permanent. J’ai du mal à m’y faire vu mes conditions de vie actuelles mais c’est ainsi. Le sens du truc en particulier m’échappe méchamment. C’est quand même comique. Ici, au rythme caribeen, ça prend un aspect nouveau et implacable. Heureusement, Keisha, son rum et la nature qui prodigue tant de chose comestibles ou fumables indiquent un chemin de traverse en attendant mieux. Mais bon, ça va pas me mener bien loin tout ça.
Faut pas oublier non plus que c’est Noël, ici comme ailleurs. Peut-être plus ici quand même. Ils n’ont pas oublié de manger leur ration de quand on leur laissait pas le choix. Les élections aussi. Un nouveau PM depuis une semaine. Le même depuis 20 ans, corrompu comme il faut. Avec 70000 habitants on doit déjà dépasser la bonne mesure pour une société humaine. Clairement les débats sont difficiles. Un des sujets majeurs agitant les gens est le fait de légaliser l’herbe. Sujet frôlant l’absurde ici tant le joint fait partie de la vie. Elle est quasi moins cher que le tabac et personne ne songe à faire les gros yeux à quelqu’un qui fume ici. Juste ce n’est pas vraiment conseillé d’aller porter plainte au commissariat pour un vol de weed...
Le jour de l’an bientôt. Ça m’inspirera peut-être, qui sait? Je ne sais pas où je serai. Il y a 4 ans c’était en Martinique avec l’équipage au complet et pas mal de rhum sur une plage bordée d’amandiers.
Je pense souvent aux gens que j'ai laissé mais en revanche le pays que j'ai quitté, pas du tout. Existe-t-il encore après le 5 décembre? Ai-je raté une révolution? Merde, ça serait con! Bon, j'imagine que rien a changé. On éborgne tranquillement tous les samedis en préparant les fêtes. En vrai, la comparaison avec la Dominique commence à faire peur. Ici, c'est pas le paradis, loin de là, encore que je ne sois pas un expert dans le domaine, mais on en est pas dans un état policier. Ah oui, d'ailleurs, avec leur PIB par habitant 10 fois moindre que la France, l'accès aux soins est gratuit. Mais comment font-ils? On se le demande. Peut-être que leur corruption à eux c'est l'équivalent de Martine soudayant son chien pour qu'il fasse le beau. En tous cas, la solidarité est un mode de vie ici.

transat
l'équipage

transat
intervention sur le pilote auto, noyé sous la douche

transat
Dominica

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